UN SAUT DANS LA BARQUE MUNICIPALE

UN SAUT DANS LA BARQUE MUNICIPALE

 

Lise Deschênes – HouIda

 

Issue d’une famille impliquée socialement dans le milieu, et l’étant moi-même, j’étais sensibilisée aux différents problèmes sociaux, économiques et autres rencontrés dans nos communautés. Mon implication politique, dans une petite localité du Bas-du-Fleuve, fut de six ans et demi à titre de conseillère ; à l’intérieur de ce mandat, je fus maire suppléant ; et fis deux tentatives pour accéder à la mairie, sans cesser de piloter des dossiers et de diriger différents comités.

 

Cet engagement, au départ, n’avait été que le fruit du hasard et n’était donc pas planifié dans mon esprit. J’avais été demandée pour remplacer un démissionnaire. J’ai donc sauté à pieds joints dans l’action, sans me douter dans quoi je « m’embarquais ». Je pensais naïvement, comme d’autres avant moi, que le travail se faisait en collégialité et que j’y apporterais mon humble contribution pour une société meilleure… Oh, oh, erreur ! J’avais oublié certaines réalités de la vie, comme le sexisme, la lutte et le jeu du pouvoir, les attitudes patriarcales, l’intérêt personnel, les menaces, les rumeurs mensongères, les passe-droits, la démobilisation des citoyens et des dirigeants, l’esprit de clocher… Soyez sans crainte ; je ne commencerai pas à vous raconter mes expériences ; cela serait trop long, et plutôt digne d’un téléroman à très grande cote d’écoute.

 

La municipalité est la forme de gouvernement la plus accessible aux électeurs. Donc, la politique municipale est la politique la plus difficile qui soit, parce que les décisions prises à la table du Conseil touchent ou impliquent directement vos proches immédiats, c’est-à-dire vos voisins et votre parenté. Surtout, vous vivez parmi eux ; en prenant vos responsabilités, vous devez en tenir compte et être prête à répondre aux questions des contribuables en toutes occasions, même au super marché ou dans une soirée divertissante. Bien souvent, on nous accorde des pouvoirs que nous ne possédons même pas, surtout quand nous sommes dans l’obligation d’appliquer les normes provinciales gouvernementales. Il est alors facile de franchir la mince marge de l’impartialité en favorisant certaines personnes par des clauses dérogatoires, ce qui entraîne souvent des demandes sans fin.

 

J’ai eu l’occasion de partager mon vécu avec d’autres femmes et des hommes d’autres municipalités de la province dans leur implication au pouvoir municipal. Ces personnes ont ressenti les mêmes frustrations à défendre des dossiers, à s’engager dans des causes de justice sociale, à vouloir un développement économique coordonné et viable pour la région. À vouloir défendre des points de vue qu’elles croyaient justes, elles ont dû faire face à un pouvoir qui voulait contrôler plutôt qu’aider ; à présenter une gestion équitable des fonds publics pour empêcher l’exode de notre relève vers les grands centres, à proposer le respect de certaines valeurs ou à la moindre contestation des autorités, tu risquais le même sort que Jean le Baptiste : avoir la tête servie sur un plateau durant un « party ».

 

Confrontée à la controverse, j’examine les réflexions et les questions qui me viennent à l’esprit ; personnellement, j’admets que je ne suis pas parfaite, que je fais des erreurs. Pourquoi est-ce que je tenais tant à la justice sociale, à me battre pour conserver certains droits acquis, à défendre les droits des démunis, etc. ? Était-ce pour être en accord avec les principes reçus d’une éducation chrétienne ou d’une morale, ou bien autre chose ? Dans les coups durs, je me remémorais une citation d’Albert Einstein : « GREAT SPIRITS HAVE ALWAYS ENCOUNTERED VIOLENT OPPOSITION FROM MEDIOCRE MIND ». Traduction personnelle : « Les grands esprits rencontrent toujours une violente opposition de la part d’esprits médiocres ».

 

Vous me direz qu’il reste à départager qui sont qui et qui, ça c’est une autre histoire.

 

Des moments positifs, il y en eut. Quand je réussissais à mener à bien mes dossiers malgré tous les obstacles, à sentir l’appui de certains de mes concitoyens, à maîtriser la complexité du pouvoir municipal inter relié à la MRC (Municipalité régionale de comté) et à d’innombrables ministères provinciaux et fédéraux, je ressentais par-dessus tout la satisfaction du devoir accompli.

 

Il est bon de rêver qu’un jour dirigeants et dirigeantes, citoyens et citoyennes se responsabiliseront et que chacun et chacune accorderont une importance aux intérêts de la communauté en premier lieu. Car il est inutile de demander à nos dirigeants et dirigeantes d’être écologistes si nous ne le sommes pas ; de même, il est inutile de leur demander d’avoir une attitude responsable, si nous-mêmes nous ne prenons aucunement nos responsabilités. Le tout commence par nous-mêmes, en chacun et chacune de nous.

 

L’expérience fut enrichissante, malgré les tempêtes affrontées et les mers agitées. L’important, c’est que j’ai dérangé et bousculé du monde dans leurs idées préconçues et cela a valu la peine d’être vécu à mon point de vue.