À PROPOS DU VOYAGE AD LIMINA DES ÉVÊQUES DE L’ÉGLISE CANADIENNE

 

 Durant la première quinzaine de mai, nos évêques se sont rendus à Rome pour rendre compte de leur ministère.  En tant qu’évêques, quel visage de notre Église ont-ils présenté aux autorités romaines ? À quelles ressources avaient-ils puisé ?

 

Au début du printemps, la Conférence Religieuse Canadienne (CRC) représentant l’ensemble des congrégations religieuses tant féminines que masculines, offrait à l’adresse de l’ensemble de l’Épiscopat canadien le résultat d’un sondage intitulé Message à nos évêques à l’occasion de leur visite ad limina 2006  et auquel avaient participé 60 % des communautés. Par ce geste , lit-on dans l’introduction,  « nous voulons vous partager nos inquiétudes, notre questionnement , nos souffrances, de même que ceux que portent les frères et sœurs que nous rencontrons . Nous le faisons dans la foi, au nom de notre conviction en une Église-communion , Peuple de Dieu, fidèles à Jésus et à son Évangile ». Ce message qui, au départ, devait demeurer confidentiel se retrouve , je ne sais par quel tour de l’Esprit, étalé  sur la place publique. On y apprend que le document n’a pas  reçu l’accueil attendu. Les deux évêques, appelés à commenter ce refus se contentent de dire : « Ça va bien dans mon diocèse. On n’a pas besoin d’éclairage supplémentaire ». Comment comprendre cette attitude de non- recevoir de nos chefs religieux ? Comment comprendre leur non reconnaissance de la compétence de leurs plus proches collaborateurs en Église ?

J’ai lu le message à nos évêques et je l’assume entièrement, à deux titres principaux : comme religieuse et comme ex-travailleuse à la CRCQ durant quelques années. Je regrette cependant que le document ne porte pas la signature de tous les auteurs et auteures. Il me semble que la présence d’une touche féminine méritait d’être soulignée. Je l’assume aussi comme membre de L’autre Parole, une association de femmes féministes et chrétiennes qui,  depuis 30 ans, luttent pour que les femmes soient reconnues à part entière dans une Institution qui, après les avoir  reçues au baptême comme filles de Dieu, au même titre que les fils de Dieu, continue pourtant à les maintenir subordonnées aux ordonnés masculins.

Quel message envoyez-vous comme pasteurs à la société lorsque vous continuez de reléguer les femmes parce que femmes à des fonctions subalternes ? « Femmes, obéissez aux hommes célibataires qui ont le droit de décréter et d’ordonner ce qui est bon ou convenable pour vous, même si vous avez déjà conquis de haute lutte le droit à l’instruction, le droit de faire de la théologie, le droit de vote…. » Pourquoi les contraignez-vous à de pareilles luttes pour avoir accès au sacré, droit que leur confère légitimement leur baptême ? Préférez-vous que se multiplient les ordinations clandestines ?

Puisque que vous n’avez pas cru bon d’accueillir la parole des congrégations religieuses parce que jugée non pertinente à vos yeux,  avez-vous au moins consulté vos diocésains ? Ce me semble improbable car en me reportant au dernier synode tenu à Montréal et à Sherbrooke, je me souviens que  vos diocésains qui s’étaient prononcé à une grande majorité en faveur de l’ordination des femmes n’ont pas été entendus en haut lieu.

Mes frères évêques, dites-moi : Qu’êtes-vous allé faire à Rome ?

Dire que ça va bien dans votre diocèse ? et après…

Quelle ouverture avez-vous accordée aux problèmes de notre temps ? Quelle place les femmes ont-elles occupée dans vos délibérations ? Leur absence a-t-elle été soulignée ? déplorée ? Jusqu’à quel point êtes-vous conscients de l’influence néfaste que produit, dans la société, cet entêtement à maintenir la subordination  des femmes dans l’Église ? Qui a décidé qu’il fallait être clerc, célibataire et masculin pour être jugé digne de célébrer le repas du Seigneur ? Peut-on croire encore que c’est la volonté de Dieu qu’il en soit ainsi ? Comment peut-on justifier que perdure cette division homme/femme après 2000 ans de christianisme ?

Maintenant que vous êtes de retour parmi nous, que nous apportez-vous de neuf par rapport à l’avenir ?

Quand vous vous dites les  représentants de Dieu, vous demandez-vous pourquoi on vous perçoit comme propriétaires de Dieu ? Puisque vous vous considérez comme des pasteurs légitimement désignés par Rome, pourquoi vous voit-on plutôt comme venant pour la plupart des rangs de l’Opus Dei ou comme de simples courroies de transmission ?

Peut-on espérer que,  par un engagement unanime à passer de la  situation autoritaire actuelle à celle d’une Église peuple de Dieu en marche, le voyage ad limina  que vous venez de vivre connaisse un dénouement comparable à celui du premier concile de Jérusalem qui, grâce à l’audace de Paul osant tenir tête à Pierre, ouvrit le passage d’un judaïsme légaliste à un christianisme libérateur.

 ————————

Pour plus d’informations, je vous recommande les dossiers suivants sur le site internet  www.culture-et-foi.com

. Message à nos évêques de la Conférence religieuse canadienne ;

. Lettre à mes frères évêques du Québec par Dominique Boisvert ;

. Du moraliste à la sage-femme par Guy Paiement ;

Et autres…