Billet :

 

Le 26 février 2006 , 19 prêtres québécois ont eu le courage de dénoncer l’attitude de l’Église institutionnelle concernant l’homosexualité en s’appuyant sur  leurs convictions intimes basées sur les valeurs évangéliques.  Cette dénonciation s’est manifestée par la signature  d’une lettre ouverte dans le journal La Presse .  Non seulement, ils ont affirmé que l’Église ne détient pas la vérité sur l’être humain, puisque ce dernier évolue avec le temps, mais également que « l’Église est déprimante…  Elle n’est pas  évangélique. »   Cette démarche  fait suite, selon la lettre, à deux récentes décisions de l’Église, l’une qui se trouve être la position de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC), de l’an dernier contre le mariage homosexuel, et l’autre la position du Vatican, de novembre dernier, interdisant aux homosexuels(les) la prêtrise.  Un bon nombre d’autres prêtres, nous dit-on, qui partagent les mêmes convictions se sont abstenus de signer la lettre par crainte de représailles.

Il va sans dire que la réponse ne s’est pas fait attendre.  Dès le lendemain Mgr Gaumond, président de la CECC, se dit surpris d’une part par l’interprétation donnée par les signataires aux deux documents cités, tout en ne l’étant pas en ce qui concerne le désaccord de certains prêtres avec les positions du Vatican.  Il réaffirme cependant que l’Église ne modifiera pas sa position sur ce sujet.

Mon propos n’est pas de résumer le contenu de ces lettres que l’on peut lire aux dates indiquées, mais de m’interroger aussi sur les positions de l’Église en la matière.  Comment l’Église peut-elle  prétendre connaître dans l’absolu la vérité sur l’être humain ?  Ne peut-il y avoir qu’une seule vérité ? Tout est-il figé dans le temps ? Parlons-nous de Karma en ce qui concerne les personnes chrétiennes, ou de la liberté de choix, du respect des autres ?

L’Église est non seulement certaine de connaître la vérité sur la nature humaine, mais tout dans son attitude et ses positions laissent croire qu’elle connaît aussi la vérité sur Dieu, et que l’Esprit Saint (la ruah ) n’a plus rien à nous apprendre. Si tout était dit, Jésus de Nazareth se serait-il trompé en nous faisant don de la ruah !  Pour l’Église, le royaume est déjà arrivé.  Elle se situe dans le « Déjà » et oublie le « pas encore ».  Elle oublie que la ruah souffle toujours et qu’elle continue à nous parler et à nous faire découvrir d’autres vérités.  La vérité se cherche à petit pas.  La ruah est là pour nous aider à interpréter « les signes des temps ». Et l’on ne peut les déchiffrer et les interpréter en dehors de l’évolution d’une société ?  D’ailleurs rien n’apparaît comme figé lorsqu’on se réfère à la véritable Tradition de l’Église.

Enfin, en  tant que féministe, je ne peux ne pas faire un rapprochement entre l’actuel débat sur l’homosexualité et celui que représente pour l’Église la question épineuse de l’ordination des femmes et la marginalisation de ces dernières en son sein.  On a l’impression que Vatican II qui avait remis les pendules à l’heure en affirmant que le peuple de Dieu est l’Église, est bien loin derrière nous.  On est toujours confronté à une Église pyramidale qui prend les décisions à la place du peuple de Dieu. Verrons-nous un jour  d’autres membres du clergé, et en grand nombre, signer une lettre de contestation contre la position de Rome sur l’ordination des femmes !