CE QUE JE CROIS AVOIR REÇU COMME HERITAGE

Qu’est-je reçu d’elles ?

D’abord, je crois qu’inconsciemment, je porte en moi toutes ou la plupart des revendications féministes, non pas surtout que je les aie lues, mais par ce que j’en connais et par ce que je suis.
Oui, effectivement, je me considère comme une femme libérée. Libérée de quoi ? Du joug de l’homme sur la femme en général. Mes références à ce sujet viennent de ce qu’on m’a appris à l’école, au cégep et à l’université. Que m’a-t-on appris ? Qu’est-ce que j’ai retenu ? Qu’auparavant, la femme restait au foyer, devait s’occuper des enfants, devait surtout enfanter. Voilà à quoi notre condition de femme nous prédestinait, bref le mariage, les enfants et la dévotion au foyer et au mari. Et les études ? C’était d’abord presque uniquement les femmes provenant d’un certain rang social, bien nanties qui avaient accès à l’éducation. Mais à quel type d’éducation ? Une éducation de chien savant, du comme il faut ou une éducation et une formation qui portaient à la réflexion et préparaient à exercer un rôle social au même titre que les hommes ? Voilà la question. Pourquoi la femme n’avait-elle par droit à l’espace social comme l’homme ? Pourquoi la bible fait-elle arriver la femme après l’homme ? Pourquoi les femmes ne pouvaient~elles pas exercer des professions libérales ? Pourquoi leurs colères étaient-elles taxées d’hystérie ? Pourquoi leurs menstruations étaient-elles qualifiées d’impures ? Pourquoi traiter de putain celle qui s’adonne au plaisir sexuel ?

Voilà les jugements qui étaient portés sur les femmes jusqu’aux années 1960-70, bref jusqu’à la décennie de ma naissance. 
 Aujourd’hui, où en sommes nous, nous les jeunes femmes ? Pour ma part, voici ma réalité : je suis éduquée et formée ; j’ai reçu des bourses d’excellence ; j’ai une maîtrise ; je travaille dans une profession libérale ; je suis autonome financièrement ;je n’ai pas d’enfants J’ai 29 ans, bientôt 30 ; je ne suis pas mère, pas encore mère. Et voilà ! Je ne suis pas encore mère, mais est-ce que je veux vraiment être mère ? Je ne sais pas, en fait je ne sais plus. J’ai le choix, et devant le choix, j’hésite, je me dis que j’ai encore le temps, mais me suis-je toujours dit cela ? Non ! En fait, j’ai toujours reporté la réflexion. À J’adolescence, je vivais mon émancipation sexuelle et libertaire, je fumais, buvais, avais du plaisir et ne me souciais pas du lendemain. La liberté quoi ! Jeune adulte, je devais étudier, pourquoi ? Parce que je m’intéressais au fait social et aussi parce que je me disais que je ne voulais pas finir comme caissière, que je voulais avoir un impact social. Je voulais changer le monde, et pour cela, je me devais d’en savoir le plus possible sur lui. Pour cela, un bac ce n’était pas suffisant. Je devais me rendre jusqu’à la maîtrise, là où une partie du savoir m’était accessible, une partie du savoir qui n’était pas donné à toutes et à tous. Là encore pas question d’avoir d’enfants. Je devais vivre ma vie de jeunesse, voyager, tripper, vivre …
Devenue jeune professionnelle, je ne savais pas ce qui m’attendait ! Lors de mes études, la majorité de mes copains, tous diplômés, ne travaillaient pas dans leur domaine d’étude. Au mieux, me disais-je, je serais une serveuse éduquée, en attendant mon tour. Mais non, la vie en a décidé autrement. Je me suis surprise à vouloir travailler dans mon domaine pour voir ce que je valais dans le vrai monde, et de première de classe que j’étais, quel type de professionnelle je serais ? Alors là, les enfants, vous pensez ! Pas de temps, pas de place pour eux, d’autant plus que ma profession exigeait de moi un horaire flexible et demandait toute mon énergie et ma concentration ….
Aujourd’hui j’arrive à la trentaine, reconnue dans mon milieu professionnel, regardant droit devant moi, ne voyant aucun obstacle sauf ceux que je voudrai bien m’imposer. Et ma condition de femme dans tout ça ? Eh bien ! je n’ai jamais cru ou jamais eu l’impression que le fait d’être une femme m’empêcherait de faire ce que je veux, comme je le veux. Les hommes ne sont pas mes concurrents, mais mes amis. Peut-être ne pensent-ils pas comme moi, mais combien de femmes aussi ! Et en fait, je me sens plus d’affinités avec les hommes qu’avec les femmes. Mes copains se questionnent, réfléchissent, se demandent pourquoi la vie, la société, la religion, la condition humaine … et pendant ce temps, mes copines femmes se questionnent sur leur image, leur chum, si elles vont avoir des enfants, une famille, un mari, une maison …
Heureusement, à la maîtrise, j’ai eu la chance de connaître des femmes qui portaient les mêmes réflexions que moi, regardaient le monde avec discernement, réfléchissaient au-delà de leur condition de femme mais plutôt sur leur condition d’être humain. Et voilà, je me considère avant tout comme une personne humaine plutôt que femme, je ne fais pas de différence entre les hommes et les femmes, pour moi, nous sommes tous semblables, égaux mais différents dans nos expériences et notre éducation. Pour moi, ce qui définit une personne, c’est bien davantage son éducation, les valeurs inculquées par son milieu, que son sexe.

Mais voilà, on me dit que les hommes et les femmes sont différents, qu’ils ne pensent pas pareil ; que physiquement, de la façon dont ils sont fait, ils ne peuvent penser pareil, Je ne suis pas vraiment convaincue de ça, je crois que c’est plutôt une question d’éducation. L’homme à qui on a dit qu’il était le pourvoyeur familial, le protecteur, durant toute son enfance et son adolescence ne peut pas faire fi de cette éducation ; de la même manière, la femme à qui on a dit qu’elle devait être mère et s’occuper de ses enfants ne peut pas faire fi de ces valeurs. Les jeunes hommes ont été encouragés dans les sports, les femmes dans les arts ou l’esthétique. Pour moi, ce n’est qu’une question d’éducation. Alors que les jeunes hommes s’entraînaient par l’exercice physique à faire travailler leurs muscles, les femmes, à coups de stéréotypes, s’appliquaient à être belles, à se maquiller, à prendre soin de leur image, car elles se devaient de plaire. À qui ? Aux hommes.
Entrée en plein dans ce stéréotype à l’adolescence, j’y suis restée jusqu’au jour où je me suis dit que c’était pas mal exigeant de passer une demi-heure devant son miroir chaque matin pour être belle ; jusqu’au jour où j’ai voulu ne prendre qu’une douche le matin et laisser mes cheveux être ce qu’ils sont et mon visage respirer par ses pores. Mais que m’a-t-on dit alors ? Que je ne prenais pas soin de moi, que je devais coiffer mes cheveux, m’habiller convenablement, qu’une femme qui fume ce n’est pas joli ! Alors quoi ?, adopter les mêmes. comportements que les hommes ce n’est pas socialement accepté pour une femme ? Nous devons faire un effort supplémentaire parce que nous sommes des femmes ? Mais qu’est-ce que c’est que ça ? Parce que je suis une femme je dois aller chez la coiffeuse une fois par mois ? Me maquiller ? Mais qu’est ce que c’est que ça ?
Et voilà ce que je suis. Une femme pensante, réfléchissant sur soi, sur la vie, sur la société ; une personne humaine avec un corps et un esprit, un corps en santé, bien alimenté et un esprit bien alimenté également qui produit, se questionne, voit plus loin, tente de faire fi des différences qu’on veut lui imposer.
Donc, je ne vois pas ma condition de femme comme un handicap ou un empêchement. Je la vois davantage comme une force, car je suis consciente de ce que ce fut qu’être femme à une certaine époque. Je suis consciente de ce que les femmes ont dû endurer pendant des siècles, ce que je considère comme inconcevable, et je me sens responsable d’être ce que je suis. une personne appartenant au sexe exploité et dominé par des générations d’hommes. Je me considère responsable d’être ce que je suis : une personne humaine égale à tous les autres humains, hommes et femmes confondus. Je me sens la responsabilité de rétablir. par mes actions et ma façon d’être. la place ‘des femmes dans nos sociétés, en portant en moi non seulement le passé, mais aussi le présent et l’avenir, en définissant la femme telle qu’elle est : un être humain porteur et constructeur de nos sociétés. En rejetant tout ce qu’on a voulu nous définir comme nature féminine, et en construisant ·ma propre nature je souhaite ‘que les femmes qui endossent encore la victimisation puissent un jour se réaliser pleinement en tant qu’Être.  Si c’est cela être féministe, je suis féministe, je me définis et me présente comme telle.
Myriam Mariscal