DEPUIS 40 ANS, EN SOLIDARITÉ AVEC LES FEMMES DES AMÉRIQUES POUR LA DÉFENSE DE LEURS DROITS ET DE LEURS TERRITOIRES

Depuis 1976, le Comité pour les droits humains en Amérique latine (CDHAL) a construit sa vision féministe à partir des réalités des luttes des femmes des Amériques contre les mécanismes d’oppression et de discrimination des communautés et des groupes sociaux, auxquelles le CDHAL a joint sa voix pour les dénoncer, les appuyer et les diffuser. 

Dans le contexte actuel de domination, les femmes subissent des menaces continues de la part des corporations transnationales qui ont des intérêts économiques dans les territoires riches en ressources naturelles. À partir de cette réalité, deux constats principaux sont identifiés : en premier lieu, le fait que les droits humains dérivent de la reconnaissance des droits de la Terre, qui est elle-même une entité productrice et génératrice de vie. En deuxième lieu, le constat que les impacts du modèle minéro-énergétique, répondant aux logiques impérialistes et capitalistes, touchent de façon différenciée les hommes et les femmes. Ces dernières sont, en effet, les plus affectées par les impacts environnementaux et l’augmentation des inégalités socio-économiques, de la répression et de la violence.

La participation de plusieurs femmes à la tête des mouvements en défense des territoires et des communautés, qui, pour la plupart, proviennent des secteurs ruraux et populaires et/ou font partie de communautés autochtones ou afrodescendantes, est stimulée par leur grande sensibilité et leur indignation face aux violations des droits humains et de la Terre. En plus des défis comme la discrimination et la marginalité par le fait d’être femmes, en tant que protagonistes des luttes pour la protection de la vie et des territoires, elles font face aux obstacles imposés par la définition des rôles de genre, marquée par la domination et la configuration politique, défavorable à la libre expression et à la prise de décisions qui les concernent sur le plan public.

Au cours de l’expansion des politiques extractives, le CDHAL a centré son attention et ses actions sur la défense des peuples affectés par toutes formes d’exploitation, d’abus et de criminalisation inhérentes aux pratiques du capitalisme, visant la transformation des structures socio-économiques d’exploitation. La compréhension des problématiques qui affectent les femmes face à la situation critique de violation des droits humains a fait que le CDHAL a développé un rôle significatif comme porteur de la voix de ces femmes. Ses actions ont permis d’acquérir une grande force mobilisatrice et une expérience très forte en organisation d’activités publiques de sensibilisation, qui permettent de rendre visibles les luttes des femmes contre l’industrie extractive face à l’impunité des violations de droits commises par ces compagnies et la lutte pour l’accès à la justice des personnes affectées par leurs opérations.

Le CDHAL donne un appui à des campagnes pour dénoncer des cas de violence contre les femmes, par exemple celles des victimes de féminicides au Mexique et du récent assassinat de la défenseure autochtone de la vie et de la Terre, Berta Cáceres, au Honduras. Notre participation, en partenariat avec d’autres organisations féministes, aux actions de la Marche mondiale des femmes en 2015 et au projet d’éducation populaire Des-Terres-Minées sur les perspectives féministes des enjeux minéro-énergétiques, nous a permis de mieux nous approprier les interrelations des enjeux autochtones, écologistes et féministes, et les intersections entre les multiples oppressions : « le corps des femmes devient un objet, une proie pour les compagnies transnationales, pour les projets de domination, d’oppressions multiples, non seulement du capitalisme prédateur, mais aussi du patriarcat et du racisme » (Berta Cáceres, 2015). Cette réalité exige de nous d’agir, d’organiser et de lutter pour construire des sociétés capables de coexister de façon juste et digne.