FEMMES MILITANTES, FIGURES D’ESPÉRANCE

Nous poursuivons nos écritures à deux, c’est une façon pour nous de nous dynamiser et cette fois-ci, de partager notre espérance.

 

Nous trouvons que des femmes militantes sont des témoignages remarquables qui manifestent l’espérance. Le poète français, Charles Péguy, parlait de l’espérance comme d’une petite fille, nous préférons la présenter comme une femme pleine d’audace, qui chemine sur les routes du monde. Ainsi, nous allons vous faire connaître quelques-unes de ces femmes ardentes qui nous ont émues dans leur travail exceptionnel sur le terrain.

Wangari Maathai, prix Nobel de la paix 2004

Monique : «  J’ai été touchée en apprenant que le prix Nobel de la paix 2004 avait été  attribué à Wangari Maathai, femme du Kenya, militante écologiste, qui lutte contre la déforestation. Je ne la connaissais pas, mais j’ai été émerveillée en apprenant  ce qu’elle a accompli. Il y a trente ans, pour lutter contre la déforestation, facteur de sécheresse et de pauvreté, elle  commença par planter des arbres dans son propre jardin. Puis, à la suite de L’homme qui plantait des arbres de Giono- un film de Frederic Bach – elle étendit son action, simple et porteuse de vie,  non seulement au Kenya mais aussi  dans bien d’autres pays d’Afrique. En 1977, elle a fondé le Mouvement de la ceinture verte qui a permis de planter plus de 30 millions d’arbres. Depuis, des dizaines de milliers de personnes, dont beaucoup de femmes, travaillent dans les pépinières du mouvement.

Comme l’a souligné le comité Nobel : « Son approche holistique du développement durable embrasse la démocratie, les droits de l’homme en général et les droits des femmes en particulier ».

Sa vie n’a pas toujours été facile. D’abord emprisonnée, harcelée et calomniée sous  le régime autoritaire de Daniel Arap Moi, président de 1978 à 2002, elle est élue au Parlement kényan en décembre 2002 en tant que membre des Verts et, en janvier 2003, elle est nommée ministre adjointe à l’Environnement, aux Ressources naturelles et à la Faune sauvage. Enfin elle a reçu des mains du président Mwai Kibaki le titre honorifique d’Elder of the Burning Spear (sage à la lance brûlante) pour services rendus à la nation.

En octobre 2004, elle déclarait à la radio-télévision publique norvégienne NRK : « L’environnement et les ressources naturelles sont un aspect important de la paix parce que, lorsqu’on détruit nos ressources, lorsque nos ressources se raréfient, nous nous battons pour nous les approprier ». « Nous plantons les graines de la paix, maintenant et à l’avenir ». (Le Devoir, 9-10 octobre 2004, 13 décembre 2004)

Louise Arbour, haut commissaire aux droits de l’homme de l’ONU

Louise Arbour, née à Montréal, est devenue très présente dans les médias à la suite de sa nomination par le Conseil de sécurité des Nations Unies, comme Procureure en chef des tribunaux pénaux internationaux pour l’ex-Yougoslavie et pour le Rwanda, d’octobre 1996 à septembre 1999. Très fréquemment, aux nouvelles télévisées de Radio-Canada, nous la voyions parcourir avec hardiesse des lieux de guerre dangereux. L’événement le plus  important qu’elle a « mené durant cette période, c’est la mise en accusation , pour  crimes de guerre, du président de la Serbie, Slobodan Milosevic.

Le 15 septembre 1999, elle devient juge à la Cour suprême du Canada, fonction qu’elle a dû quitter pour devenir Haut Commissaire aux droits de l’homme de l’ONU, le ler juillet 2004. Le parcours de Louise Arbour de l’Ontario à La Haye, puis d’Ottawa à Genève est tout à fait flamboyant. Elle confesse : « Je suis une impatiente, je veux participer aux solutions. » Des solutions qui pour elle doivent être collectives. Même si le chemin a été parfois long, difficile même, elle affirme : « Rien ne m’a jamais désespérée. Je suis plutôt une exaspérée surtout à cause de la mauvaise foi et de l’indifférence, et plus souvent fâchée que triste. » Une femme qui l’a particulièrement inspirée, c’est la juge Bertha Wilson, première femme nommée à la Cour suprême du Canada. (Source : L’agenda des femmes 2005, Éditions du remue-ménage, Montréal)

Pol Pelletier : un spectacle essentiel titrait Le Devoir du 15 novembre 2004.

C’est un spectacle d’adieux, sous le titre Nicole, c’est moi qu’a donné Pol Pelletier… à l’Espace GO, en novembre 2004. Il faudra dorénavant l’appeler Nicole – c’est son prénom véritable – délaissant ainsi  le prénom homonyme de son père.

La pièce aborde l’évolution des êtres humains depuis 70 000 ans. « Qui nous a appris la véritable histoire ? », se demande-t-elle. La place réelle qu’occupent les femmes dans cette évolution lui paraît plutôt mince. C’est pourquoi elle tente d’illustrer, par une multitude d’anecdotes, les parcours souvent occultés des femmes. Par exemple,  elle fait  remarquer qu’au nombre des 30 personnalités citées comme s’étant illustrées au cours des siècles derniers, il ne figure qu’une seule femme, Hildegarde von Bingen, présentée uniquement comme musicienne, alors qu’elle a laissé sa marque dans de multiples domaines.

Nicole est seule en scène avec deux accessoires : une croix de bois qu’elle porte presque du début à la fin du spectacle et un bâton de marche. La croix évoque la religion catholique qui a alimenté la soumission des femmes ; ainsi que  le « chemin de croix » que constitue toujours leur émancipation dans plusieurs pays, et symbole également du poids encombrant des préjugés. Le bâton rappelle le pèlerinage qu’elle a dû faire pour  récrire l’histoire des femmes à sa façon.

Dans une entrevue avec Jade Bérubé, parue dans Voix d’extinction, (4 novembre 2004), la dramaturge se confie en ces termes : « Ce spectacle a à voir avec mon identité. C’est comme un rite de passage avec la façon dont j’ai vécu ma vie d’artiste. Devoir toujours quémander, ‘s’il vous plaît, pourriez-vous me permettre de faire une petite production l’année prochaine ?’, c’était me manquer de respect à moi-même. Je le savais dans les dernières années et je me disais que cette humiliation devait cesser. »

http://www.voir.ca/artsdelascene/artsdelascene.aspx?iIDArticle=33317 

(Source principale : Solange Lévesque, « Pol Pelletier : un spectacle essentiel », Le Devoir, 15 novembre, p. B 8)

Sumaya Farhat-Naser, le cri d’une Palestinienne

Francine : « Je vous présente Sumaya Farhat-Naser, une Palestinienne née en 1948, dans le village Bir Zeit ( signifiant « fontaine d’huile »), près de Jérusalem. Elle m’apparaît comme une femme exceptionnelle par sa maturité d’esprit. J’ai lu son livre Le cri des oliviers pour comprendre son histoire et celle du peuple palestinien, opprimé par un peuple qui a lui-même vécu le génocide aux mains des nazis. Alors que les hommes se disputent un même territoire, les femmes israéliennes et palestiniennes se rencontrent officieusement et se parlent pour apprendre à se connaître et cela au prix d’un grand effort de bonne volonté. Tout en enseignant la botanique à l’Université palestinienne de Bir Zeit, Sumaya œuvre  pour la paix et les droits humains par le biais de son travail avec les femmes. Elle a alors plusieurs contacts avec des Juifs d’Europe et des militantes israéliennes en faveur de la paix. Les unes et les autres ont « dû d’abord  apprendre à se parler et à supporter beaucoup de blessures infligées à (leurs) amours-propres. » (p. 22)

À partir du milieu des années 80 jusqu’à septembre 2000, Palestiniennes et Israéliennes travaillent ensemble pour la paix. En 1989, à l’invitation du Centre culturel juif de Belgique, quelques-unes d’entre elles se sont rencontrées secrètement. À cette occasion, elles ont formulé des principes communs et défini des orientations afin d’assurer une protection politique aux deux partenaires qui bravaient les interdits pour le bien des deux camps. C’est ainsi qu’est apparu en 1994 le Jerusalem Link comprenant le Jerusalem Center for Women, (pour les Palestiniennes) et le Bat Shalom (Filles de la Paix, pour les Israéliennes). Cependant, avant la naissance du Jerusalem Link, il a fallu le geste officiel de reconnaissance mutuelle des deux peuples, par le traité d’Oslo signé entre l’autorité palestinienne et le gouvernement israélien. Mais, en septembre 2000, le soulèvement palestinien, appelé la deuxième Intifada a gelé le processus de rapprochement entre les deux peuples. Sumaya continua encore à travailler au Jerusalem Center for Women jusqu’en 2001. Les 16 kilomètres qui séparent son domicile de son bureau se franchissaient alors en une demi-heure. Mais depuis 2000, ce trajet exige deux heures à cause de nombreux « checkpoints » obligeant les Palestiniens à descendre de leur voiture et à se rendre à pied à l’endroit où sont postés les soldats du prochain « checkpoint ».

Sumaya raconte le lien vital qui unit le peuple palestinien aux oliviers. L’olive et son huile font partie du mode de vie palestinien et de son économie, bref de sa culture. S’attaquer aux oliviers, ces arbres centenaires, c’est un crime autant contre l’humanité que contre la nature. Depuis que « des oliveraies entières ont été détruites au moyen de pelleteuses et de tracteurs, elles sont devenues le symbole de la violence qu’ont subie les Palestiniens dans leur chair. » Je ne peux qu’admirer la force de caractère et la grandeur d’âme de cette Palestinienne qui transcende sa rancœur  et n’écoute pas la voix de la vengeance. Lucidement elle souhaite « mettre fin au plus vite à la spirale de la violence ». Elle a compris que cette violence nous enlève toute humanité et nous rend fous. Elle et ses amies pacifistes des deux camps pourraient être découragées devant la difficulté à vaincre, chez leurs compatriotes, cette pulsion agressive et autodestructrice, pleine de « bruits et de fureur », qui étouffe la voix ténue de la Paix. Elle conclut courageusement : « Mon travail auprès des jeunes et mes liens avec des amies israéliennes renouvellent mes forces et mon espérance » (p. 251), tout en réclamant une intervention internationale pour ramener les deux parties à la raison.

(Source principale : Sumaya Farhat-Naser, Le cri des oliviers. Une Palestinienne en lutte pour la paix. Genève, Labor et Fides, 2004)

En quoi voyons-nous que ces quatre femmes sont des figures d’espérance dans leur militance ? Elles nous apparaissent comme des femmes déterminées, engagées, qui ouvrent des voies pour aller plus loin. Elles n’ont pas peur de dénoncer, même si elles ont parfois crié dans le désert, ont été persécutées. Leur désir de créer, de changer le monde, de lui apporter plus de justice et de paix s’affiche clairement. Elles ont une foi ardente dans les capacités de chaque personne et des collectivités humaines de rendre la planète terre plus accueillante de la grâce et de la beauté inhérentes à son existence.