LE LIVRE DE RUTH

LE LIVRE DE RUTH

 

RUTH ROSE

 

 

Le 28 mai 1999, Ruth Rose, se voyait attribué le prix Idola Saint-Jean, offert par la Fédération des femmes du Québec, pour sa contribution exceptionnelle à l’amélioration de la situation des femmes au Québec. En réponse à ce geste de reconnaissance, la récipiendaire a livré, à l’assistance, un discours très percutant que nous sommes heureuses de reproduire ici.

 

La Bible nous raconte qu’il y eut une fois, au temps des Juges, une famine dans le pays des grands monopoles. Du coup, une femme du peuple émigra dans la campagne du Québec et elle prit pour mari un Québécois.

 

Et elle dit à son mari : « Je voudrais bien aller aux champs glaner des épis, derrière quelqu’un qui me considérerait avec faveur ». Elle alla donc, et entra glaner dans un champ derrière les moissonneuses. Sa chance fut de tomber sur une parcelle de terre appartenant à Relais-femmes de la famille des féministes. Or voici que Relais-femmes dit aux moissonneuses : « Que la solidarité soit avec vous ». Elles lui dirent : « Les femmes du monde entier marcheront ensemble ».

 

Alors Relais-femmes demande : « Qui est cette jeune femme ? » La cheffe des moissonneuses, Hélène Génier de la FAFMRQ répondit : « C’est une jeune économiste qui est venue ce matin. Elle a dit : « Je ne trouve rien pour me nourrir chez les économistes et les grands universitaires. Je voudrais bien glaner derrière le mouvement féministe et vous aider à récolter la pleine valeur de ce que vous avez semé ».

 

Alors Relais-femme dit à la jeune femme : « Tu entends, n’est-ce pas, ma fille ? Ne vas pas glaner dans un autre champ ; non ne t’éloigne pas de celui-ci. Aussi t’attacheras-tu, à tous mes groupes membres. Quand tu auras soif, tu iras aux assemblées et tu te désaltéreras aux cruches de la lutte pour l’égalité des femmes. »

 

« Elle glana donc dans le champ pendant des années. Puis elle battit ce qu’elle avait glané. Il y avait de la politique familiale, des sous pour les garderies et les maisons d’hébergement, des droits pour les travailleuses du vêtement, de la reconnaissance pour les femmes collaboratrices de leur mari et des aides familiales, des pensions de vieillesse, des luttes contre la discrimination dans l’assurance-chômage, des congés parentaux et bien d’autres grains et légumes. Elle emporta le tout et rentra chez son mari.

 

Son mari lui dit : « Où as-tu glané aujourd’hui ? Où as-tu travaillé ? Bénie soit celle qui t’a reconnue ! » Alors, elle raconta qu’elle avait travaillé avec beaucoup de femmes dévouées qui, à force de conviction et d’acharnement, réussissaient à améliorer de jour en jour la vie des femmes, à changer le monde. Elle dit à son mari : « Je n’ai jamais été aussi heureuse dans ma vie. Je sais que ce que je fais contribue de quelques graines à la récolte des femmes. Que de ce que je sème pousseront de nouvelles plantes qui nourriront les nouvelles générations. C’est dans le mouvement féministe du Québec que je trouve des compagnes, que je trouve sens à ma vie et que, oui, je trouve même une vraie compréhension de l’économie. »

 

Vous avez sans doute reconnu une version quelque peu adaptée de l’histoire de Ruth (Livre de Ruth 1,1 à 4, 22), femme reconnue pour sa fidélité envers le peuple de son mari. Mais c’est parce que le peuple de mon mari, du moins les femmes de ce peuple, m’ont tellement bien accueillie.

 

J’aimerais d’abord remercier les femmes de la Fédération des associations de familles monoparentales et recomposées du Québec qui m’ont mise en nomination pour le prix Idola St-Jean. J’aimerais remercier aussi les membres du CA de la FFQ et tout le personnel avec qui j’ai eu tellement de plaisir à collaborer. J’aimerais remercier mon mari, Michel, qui m’a appris le sens de la recherche-action et des services à fa collectivité et qui m’a soutenue dans tous les hauts et les bas de mes activités. C’est dommage qu’il ne soit pas une femme, parce que quelquefois il trouve le monde des hommes bien décourageant. J’aimerais saluer mon fils, Charles, qui, quand il n’est pas en train de taquiner sa mère, est, quand même, un bon féministe. Un vrai Homme Rose comme son nom le dit.

 

Du fond de mon cour, j’aimerais remercier toutes les femmes avec lesquelles j’ai pu travailler, celles qui sont les vraies moissonneuses de notre société.

 

Et je finis avec ces mots de Ruth :

 

« Où tu iras, j’irai ;

Où tu passeras la nuit, je la passerai ;

Ton peuple sera mon peuple

Et ton chemin mon chemin. » ( Rt 1, 16 )

 

Ta chanson, ce n’est pas une chanson, c’est ma vie.

C’est pour toi, la Fédération des femmes du Québec et tous les groupes de

femmes du Québec, que je veux posséder mes hivers.