Le monde de Sandra.

Le monde de Sandra.

Le texte de la rencontre de Sandra M. Schneiders.

Coll. Lectio divina, Cerf 1995, 336 pages.

 

« Le texte de la rencontre » est à l’herméneutique biblique ce que « Le monde de Sophie » est à la philosophie. Non pas que l’herméneutique soit séparable de l’histoire de la philosophie car elle en est bien l’axe principal. En effet, ces deux livres ont en commun de placer l’être humain au coeur de l’aventure même qui se joue derrière toute expérience de compréhension (p. 36).

 

On pourrait dire que les sciences herméneutiques, la critique idéologique et féministe, la sémiotique, etc., participent à la même essence philosophique et ont en commun de reconnaître la profondeur du texte, de l’expérience humaine et l’interdépendance des deux. Privilégier l’un au détriment de l’autre, c’est toujours pécher par excès d’idolâtrie. C’est figer le texte, momifier l’être humain. Oublier que la vie est mouvement, que le mouvement même est la vie. Le projet de Sandra est bien d’éviter cet écueil et d’élaborer une théorie herméneutique qui permette une véritable rencontre entre le monde du texte et celui du lecteur (p. 34). « Son espoir est qu’une théorie herméneutique intégrale soutienne une pratique herméneutique transformante, qui rendra le texte biblique accessible à ses lecteurs, opprimés aussi bien que privilégiés, comme un lieu où leur foi trouve sa source » (p. 13).

 

D’une manière claire et concise, elle nous offre à travers ces quelques trois cents

pages, le fruit de quinze ans de recherches où elle s’est inspirée de Heidegger et

Gadamer, ces deux grands maîtres qui ont marqué la philosophie du XXième siècle.

 

Le dernier chapitre est une mise en oeuvre savoureuse de sa pratique exégétique sur le texte évangélique de la Samaritaine (Jn 4, 1-42). Avec une exégèse rigoureuse, prenant compte des forces des méthodes historico-critiques et de la lucidité des méthodes féministes, elle démontre comment tout le dialogue entre Jésus et la femme n’a rien à voir avec la vie morale privée de la femme, mais avec la vie d’alliance de la communauté (p. 318). Eh oui ! Les « cinq maris » figurent l’infidélité de la Samarie qui pendant la captivité assyrienne oubliait la loi mosaïque pour le culte aux faux dieux de cinq tribus étrangères (2R17,13-34) (p. 316). Fascinant !

 

SYLVIE PRÉVOST