LES DÉFIS RENCONTRÉS PAR LES ENSEIGNANTES AU PRIMAIRE

En 2007-2008, les enseignantes du primaire recevaient des formations pour les préparer à enseigner le nouveau programme d’éthique et de culture  religieuse (ECR) dès septembre 2008.  Quels étaient les défis qui les attendaient avec la venue de ce nouveau programme ?

 

Le programme d’éthique et de culture religieuse est enseigné par les titulaires des classes au primaire. La titulaire enseigne tant le français, les mathématiques, les sciences, la géographie, l’histoire et l’éducation à la citoyenneté que le cours d’éthique et culture religieuse. Ces enseignantes ont suivi moins de dix crédits universitaires qui touchaient l’enseignement religieux protestant ou catholique ou l’enseignement moral.  Il ne s’agit donc pas de spécialistes en études religieuses.

Le premier défi était donc celui du changement. Il fallait laisser tomber les activités du programme d’enseignement moral ou d’enseignement moral et religieux catholique ou protestant pour se plonger dans un nouveau programme avec de nouveaux contenus.

La majorité des enseignantes des écoles où je travaille sont d’accord à ce que ce soit la famille qui ait la responsabilité de transmettre la foi aux enfants. La disparition des cours d’enseignement religieux était vue comme un changement positif.

Lors des formations sur le nouveau programme d’ECR ou lors de diverses discussions sur le programme d’éthique et de culture religieuse, plusieurs questions revenaient souvent chez le personnel enseignant. 

Comment vais-je parler d’une religion que je connais peu ou pas ?   

Où aller chercher de l’information juste sur les différents sujets qu’il faut aborder dans le programme ?   

Qu’est-ce que l’éthique ?  Quelle est la différence entre éthique et morale ? 

Comment faire de l’éthique avec des enfants de 6 ans ?  Est-ce nécessaire ? 

Pourquoi ne pas tout simplement avoir enlevé le cours d’enseignement religieux ?

Pourquoi un nouveau cours ?  

  Que vont dire les parents ?

Les maisons d’édition ont publié différents ouvrages pour soutenir les enseignantes du primaire qui ne sont pas des spécialistes en études religieuses. Des livres de référence ont apporté des connaissances sur différentes religions.  De plus, plusieurs maisons d’édition ont publié des manuels pour les élèves et des guides pédagogiques pour les titulaires.  Ces différents documents ont permis aux enseignantes de se familiariser avec des activités pour travailler les trois compétences au programme. Les enseignantes ont pris conscience que plusieurs des thèmes du programme étaient déjà travaillés précédemment.  Par exemple, au premier cycle du primaire, il faut voir les besoins des êtres humains et d’autres êtres vivants ainsi que les exigences de l’interdépendance entre les êtres humains et les autres êtres vivants.  Les règles de classe, d’école ou celles d’autres organisations étaient déjà travaillées antérieurement avec les élèves. Au deuxième cycle du primaire, il faut toucher aux exigences de la vie de groupe. Les enseignantes travaillaient déjà avec leurs élèves des règles pour vivre harmonieusement avec les différents élèves de la classe et de l’école. Des conflits surgissaient toujours entre les enfants et il fallait trouver une solution.

Après les premières activités en éthique et culture religieuse vécues en classe, les enseignantes étaient  heureuses de la réponse des enfants.  Ceux-ci aimaient les différents thèmes et les différentes activités.  De plus, dans le programme, il y a une progression au niveau des concepts abordés.  À six ou sept ans, l’enfant est initié à des fêtes vécues dans les familles.  Ce qui est près de son vécu. À huit et neuf ans, l’enfant est initié aux pratiques religieuses vécues en communauté et à dix et onze ans, l’enfant explorera des grandes religions du monde.  On part de ce qui est près de l’enfant et on s’éloigne du cercle immédiat de l’enfant au fur et à mesure qu’il grandit.  En découvrant cette progression, les enseignantes voyaient que les éléments de contenu qu’elles devaient aborder avec les élèves étaient adaptés à leur développement.

Un défi de taille fut l’évaluation de la compétence « pratiquer le dialogue ».  Même si les maisons d’édition fournissaient des exemples de grilles d’évaluation dans les guides pédagogiques, les enseignantes m’ont dit que ce fut plus ardu d’évaluer cette compétence.  Elles développaient leur compétence à animer différentes activités pour permettre aux élèves d’élaborer un point de vue.  Par le biais de différentes activités, les enfants émettaient leurs idées à l’intérieur d’une narration, d’une conversation, d’une discussion, d’une délibération, d’une entrevue ou d’un débat.  De plus, les élèves étaient amenés à reconnaître certains jugements ou procédés qui nuisent au dialogue comme des jugements de préférence ou de prescription.  C’était un défi pour les enseignantes d’évaluer la compétence à pratiquer le dialogue tout en ayant souvent un rôle d’animatrice de discussion.

Et les parents ? Très peu de parents ont discuté avec les enseignantes du nouveau programme d’éthique et de culture religieuse.  Pour les enseignantes, les préoccupations des parents étaient les mêmes qu’avant, soit les résultats en français et en mathématique.

Pour soutenir les parents lors de l’implantation du nouveau programme d’ECR, la commission scolaire avait organisé quelques soirées afin de leur présenter le programme d’éthique et de culture religieuse et répondre ainsi aux différentes interrogations. Les besoins de quelques parents ont pu être comblés de cette manière.

Les enseignantes ont aussi remarqué que les enfants étaient curieux et intéressés à connaître comment les autres pouvaient célébrer des fêtes et des rituels. Le climat instauré dans la classe permettait aux enfants de découvrir ce qui peut être différent sans le juger.

Après la première année d’enseignement du programme d’éthique et de culture religieuse au primaire, un défi demeure soit celui de l’évaluation des compétences de ce programme.  Par ailleurs, les enfants ont vécu différentes activités leur permettant de dialoguer et de réfléchir sur des questions éthiques et ont été initiés au phénomène religieux.

 

1. Considérant que la majorité du personnel enseignant est composée d’enseignantes, l’expression « enseignantes » sera utilisée pour comprendre les femmes et les hommes enseignant au primaire.

2. Julie Derome est conseillère pédagogique dans la région montréalaise.