LES SOURCES DE MON ESPÉRANCE

Mon amie Yvette qui devine ou soupçonne le poids d’espérance dont je ne peux me départir, allez donc savoir pourquoi, m’a invitée à partager mes sources d’espérance dans ce monde trop souvent en voie de baisser les bras  devant les obstacles ou les épreuves  quasi insurmontables qui nous entourent.

Il est vrai que le 15 mai dernier, le Réseau Culture et foi que je  présidais alors, invitait des organismes amis à réfléchir et échanger sur les souffrances et les espoirs principalement issus de l’Institution Église que l’on souhaite davantage progressiste dans ses discours, ses engagements et ses dispositions réglementaires. Treize organismes ont répondu à notre invitation. Pendant la journée, ils se sont mieux connus dans leurs objectifs, leurs actions et leurs liens de solidarité. Seule leur voix collective n’a pas trouvé  le pourquoi et le  comment parler, via les moyens médiatiques, à une société qui n’entend présentement  que l’écho de la hiérarchie contrainte par Rome et seule interprète de l’évangile pour notre temps.

Mise à part cette timidité ou cette réticence, les groupes invités se  rejoignent sur quasi tous les sujets et dans les souffrances et dans les espoirs et dans leurs rapports d’ateliers. J’en veux comme preuve les souffrances exprimées suivantes :

1. L’Église institutionnelle demeure en dehors de la culture d’aujourd’hui. L’institution est rigide et les organismes progressistes travaillent sur les marges devant l’incapacité de mettre son espérance du côté de la hiérarchie .

2. La spiritualité et l’engagement social sont mal harnachés. On accentue la dimension  intégratrice de la foi plutôt que la dimension libératrice. L’Église, dans sa  réticence à épouser les enjeux du monde comme la justice et la paix , favorise les conséquences de la démonisation du monde. Elle préfère œuvrer à maintenir le système centralisateur et systémique de son institution.

3. Le refus d’accorder aux femmes un pouvoir de décision, ainsi que la construction de projets innovateurs. Les clercs accaparent le sacré et écartent les femmes de la liturgie. Les prêtres continuent d’exercer un monopole ministériel dans le regroupement des paroisses malgré leur petit nombre et au détriment des besoins.

4. L’aliénation des femmes  qui continuent de reproduire avec satisfaction  le modèle clérical parce qu’elles ont  intégré  le schéma patriarcal qui date du fond des âges.

5.  La place restreinte laissée aux jeunes pour qu’ils se sentent interpellés  par le message et aux laïcs pour l’interprétation d’une vie évangélique vécue au quotidien.

Il est impossible que tous ces consensus douloureux  n’entament pas l’espérance des croyants vigilants, d’autant plus que la Commission Dumont des années 70 et les multiples  synodes  des années 80-90 portaient le même diagnostic dans ses grandes  lignes. Les suites de ces gigantesques opérations sont peu identifiables tellement elles sont lentes et timides. Alors pourquoi continuer, persévérer dans l’espérance, chercher des encouragements  qui ne soient pas un refuge de consolations  faciles et un brin fausses ?

D’abord un grand coup de chapeau à la lucidité et aux exigences des porte-parole des chrétiens et des chrétiennes progressistes  qui, tout en conservant  parfois une difficile  sérénité, ont su parler franchement, boulonnés qu’ils étaient par leur foi en l’Esprit de Dieu qui continue d’habiter notre monde.

Voilà le fondement, la certitude inébranlable malgré la suffisance des puissants, les doutes qui rongent les impatients . Cet espoir chevillé au cœur attend une conversion  des autorités ecclésiales, des frères et sœurs dans la foi, des ami(e)s chercheur(e)s de spiritualité inter-religieuse  sans oublier  la société.

Sur quoi repose cette ténacité ? Quels signes la soutiennent ? Quelles assises blindent la fermeté malgré vents et marées ? Ici encore les participants et les participantes ont dessiné  des pistes à déblayer à partir des tracées  en surface pouvant déboucher sur des horizons neufs. J’en relève quelques unes :

1. Mobilisation de chrétiens et de chrétiennes pour retrouver le message premier de Jésus, CHRIST. La redécouverte du sens premier de la Parole par des approches bibliques qui replacent la bible à son époque. Les petites communautés de base qui forment Église selon le cœur de Dieu.

2. La recherche et l’expérimentation de certains organismes pour lier foi chrétienne et engagement social ainsi que le support apporté surtout par les communautés religieuses aux mouvements communautaires proches du réel de la vie.

3. La construction de Réseaux de résistance qui refusent de perpétuer une structure centralisatrice et cela partout dans le monde .

4. Les mouvements de femmes pour résister à certaines positions magistérielles s’opposant à la reconnaissance des femmes et pour une déconstruction du patriarcat et du sexisme si loin du féminisme .Un début de conscience et de  solidarité prennent forme .

5.  Un commencement  d’effort pour questionner, écouter les jeunes.