Marie de l’Incarnation (1599-1672)

Marie de l’Incarnation (1599-1672)

 

Femmes d’affaires, mystique et mère de la Nouvelle-France

par Monique Dumais

Octobre

 

C’est dans notre histoire du Canada que nous avons découvert Marie de l’Incarnation, ursuline, première femme missionnaire, venue en Nouvelle-France. Elle est reconnue comme une grande mystique, appelée par Bossuet au XVIIe siècle, « la Thérèse de nos jours et du Nouveau-Monde ». Elle est aussi considérée comme femme de lettres, en raison des belles qualités littéraires de sa vaste correspondance et de ses écrits spirituels. Elle a été aussi une femme d’affaires intrépide. Françoise Deroy-Pineau montre toutes ces habiletés de Marie de l’Incarnation dans un ouvrage paru en 1989 aux Éditions Robert Laffont où elle la présente comme « femme d’affaires, mystique, mère de la Nouvelle- France ». Voilà divers aspects qui me réjouissent en tant que fille de Marie de l’Incarnation.

 

Parlons un peu de sa vie. Son nom civil est Marie Guyart, elle est née à Tours, te 28 octobre 1599, la quatrième enfant de Jeanne Michelet et de Forent Guyart. Elle reçoit dans ce foyer une éducation chrétienne solide. Elle pense très jeune à la vie religieuse, mais ses parents la trouvent trop joyeuse pour entrer dans une communauté religieuse et à 17 ans, elle accepte d’épouser Claude Martin. Elle donne naissance à un fils qui s’appelle, lui aussi, Claude. Cependant, le fils n’a que six mois quand le père meurt. Elle se retrouve donc veuve à dix-neuf ans et elle doit gagner sa vie, car son mari ne lui a laissé que des dettes. Elle va travailler pour son beau-frère sur les quais de la Loire avec tes débardeurs, c’est là qu’elle manifeste de grands talents de femme d’affaires.

 

Comme Marie Guyart continue d’être attirée par la vie religieuse, elle rentre en 1631, chez les Ursulines de Tours, laissant son fils qui n’a que douze ans. Celui-ci sera confié à des membres de la famille, mais le pauvre Claude a bien du mal et vient crier un beau jour aux portes du couvent : « Rendez-moi ma mère. »

 

Marie qui avait vu le Canada dans un songe se sent vivement appelée à devenir missionnaire. Elle s’embarque en 1639 avec deux autres Ursulines et trois Augustines pour la Nouvelle-France. Inutile de dire que le voyage est périlleux et se déroule dans des conditions physiques incroyables. Rendue à Québec, elle se plaît à éduquer les jeunes Françaises et aussi les jeunes Indiennes qu’elle appelle les « délices de mon coeur » (Claire Gourdeau adonné ce titre à un livre paru aux Éditions Septentrion en 1994). Elle s’est beaucoup intéressée aux cultures amérindiennes, a rédigé un catéchisme huron, trois catéchismes algonquins, un grand nombre de prières et un gros dictionnaire, également en algonquin. Elle est morte à Québec en 1672.

 

Marie de l’Incarnation nous a laissé plusieurs manuscrits, rédigés pendant les longues nuits froides d’hiver. En effet, elle a entretenu une vaste correspondance avec son fils qui est devenu bénédictin, les membres de sa communauté, de sa famille et d’autres personnes de France. Ses lettres sont des sources historiques fort précieuses pour connaître la vie et les moeurs de la Nouvelle-France. Ses écrits mystiques révèlent la force de sa vie intérieure ; à cet égard, la Relation de 1654 qui est une réponse à la demande réitérée et pressante de son fils qui désirait connaître toutes les expériences spirituelles de sa mère est un texte exceptionnel. Elle n’y livre pas seulement son itinéraire spirituel, mais elle raconte aussi tout ce qui a fait sa vie : les aspects pénibles du veuvage, de la séparation d’avec son fils, de la vie en Nouvelle-France.

 

Son oeuvre d’éducation et sa spiritualité se transmettent par les Ursulines qui lui ont succédé au Québec jusqu’à nos jours. Elle a été béatifiée le 22 juin 1980 par le pape Jean-Paul II en même temps que Mgr François de Laval et Kateri de Tekawitha.

 

Textes de Marie de l’Incarnation

 

Extrait de La Relation autobiographique de 1654, ouvrage réédité par un grand spécialiste de Marie de l’Incarnation, Dom Oury, bénédictin, Solesmes, 1976. « J’ai dit, dans les grandes angoisses que l’âme souffre à cause de la tendance amoureuse qu’elle a pour le mariage (spirituel) où elle se sent appelée et auquel elle prétend, que tes respects s’étant accommodés avec l’amour, cet amour l’a emporté pour faire place à la privauté… Le Bien-Aimé va disposant l’âme dans une (si) cachette et secrète manière qu’à peine aperçoit-on ses vestiges. Ce sont des touches intérieures et des écoulements divins si subtils, si intenses et si éloignés de la perception, qu’il semble à l’âme qu’elle est absente de son Bien-Aimé ; et si (pourtant) il est proche. Elle a les souhaits de l’Épouse ; elle l’invite, lui disant : Venez, mon Bien-Aimé, venez en mon jardin. Puis elle expérimente qu’il est proche d’elle et qu’elle entend sa voix comme une manifestation à la dérobée qui la fait tressaillir d’aise et dire par ses élans amoureux : J’entends la voix de mon Bien-Aimé ! Voilà qu’il regarde il est derrière la muraille, il me regarde à travers le treillis . » (Cantique des Cantiques, 2, 9 : 58.)

 

« Donc, à l’âge de trente-quatre à trente-cinq ans, j’entrai en l’état qui m’avait été comme montré et duquel j’étais comme dans l’attente. C’était une émanation de l’esprit apostolique, qui n’était autre que l’Esprit de Jésus-Christ, lequel s’empara de mon esprit pour qu’il n’eût plus de vie que dans le sien et par le sien, étant toute dans les intérêts de ce divin et suradorable Maître et dans le zèle de sa gloire, à ce qu’il fût connu, aimé et adoré de toutes les nations qu’il avait rachetées de son Sang précieux. Mon corps était dans notre monastère, mais mon esprit qui était lié à l’Esprit de Jésus ne pouvait être enfermé. Cet Esprit me portait en esprit dans les Indes, au Japon, dans l’Amérique, dans l’Orient, dans l’Occident, dans les parties du Canada et dans les Murons, et dans toute la terre habitable où iy avait des âmes raisonnables que je voyais toutes appartenir à Jésus-Christ. Je voyais, par une certitude intérieure, les démons triompher de ces pauvres (âmes) qu’ils ravissaient au domaine de Jésus- Christ, notre divin Maître et souverain Seigneur, qui les avait rachetées de son Sang précieux.

 

(…) Je me promenais en esprit dans ces grandes vastitudes et j’y accompagnais les ouvriers de l’Évangile, auxquels je me sentais unie étroitement à cause qu’ils se consommaient pour les intérêts de mon céleste et divin Époux, et I m’était avis que j’étais une même chose avec eux. » p. 90-91.

 

Prière pour notre temps

 

O sagesse océanique qui nous envahis et nous pousses à nous engager pour découvrir tous les besoins de l’humanité, donne-nous de ta puissance. Que reprit de Jésus soit un feu qui nous stimule à lutter contre les injustices et à changer les mentalités négatives ! Que notre coeur s’ouvre toujours plus grand à rameur du Bien-aimé pour le faire connaître de par le monde entier.