PARTENAIRES EN ÉGLISE

PARTENAIRES EN ÉGLISE

Femmes et hommes à part égale

Yvonne Bergeron, Éd. Paulines, 1991

 

Louise Melançon –Myriam

 

Ce livre paru au cours de l’année dernière représente une pierre de plus dans la construction par les femmes d’une « nouvelle Église ». En réalité, ce livre est le résultat des Forums sur la question du partenariat homme-femme qui se sont tenus dans les divers diocèses du Québec, suite à la rencontre des groupes de femmes avec les évêques, en mars 1986. À ce titre seulement, il ne peut passer inaperçu parce qu’il reflète en même temps qu’il prolonge un événement important de la vie de l’Église du Québec.

 

Faisant rapidement l’histoire de la tradition judéo-chrétienne (chap. 1) sur la question de l’égalité des femmes, égalité de droit et non de fait, Y. Bergeron aborde la question des ministères à partir de son fondement ecclésiologique (chap. 2) : dénonçant l’absolutisation des formes historiques, elle met en lumière la mission de l’Église, commune à tous, au service de laquelle doit être l’institution. Le troisième chapitre m’apparaît très précieux en ce qu’il aborde la question oecuménique, en montrant les avancées des autres confessions chrétiennes en même temps que leurs propres hésitations et limites : là non plus le problème de fond n’est pas réglé et l’unanimité n’existe pas. Yvonne Bergeron fait bien ressortir le fait que les progrès de l’oecuménisme sont devenus des « relations de courtoisie » de la part de l’Église catholique depuis que l’ordination des femmes gagne du terrain, particulièrement chez les anglicans.

 

Le livre s’achève (4e chap.) sur une proposition de voie d’avenir qui s’appuie sur une théologie de l’histoire, libératrice parce que centrée sur la transformation. Avec un langage direct et précis, elle identifie les résistances au changement, que ce soit au niveau du fonctionnement, des structures ecclésiales ou des justifications théologiques, pour indiquer ensuite, de manière concrète, le chemin qui reste à faire. Pour être fidèle à l’Esprit qui est à l’oeuvre dans l’histoire des humains, il faut reconsidérer le sens de la Tradition et avancer dans la voie de la nouveauté évangélique : faire en sorte que l’égalité des femmes et des hommes soit réelle dans la vie ecclésiale quotidienne, faire tomber les barrières juridiques, et surtout s’attaquer lucidement au problème de fond, celui du pouvoir, particulièrement du pouvoir sacré.

 

J’ai aimé la grande ouverture et le souffle prophétique de cette réflexion ecclésiale et pastorale sur les rapports entre les femmes et les hommes dans l’Église : « …au sein de ces pratiques inspirées par l’espérance d’une égalité de droit divin, chrétiens et chrétiennes découvrent que la souveraine liberté de l’Esprit les entraîne ailleurs, sur d’autres chemins, car les contours du partenariat hommes-femmes ne sont pas précisés à l’avance… L’Esprit n’est-il pas celui qui fait constamment reculer l’horizon de nos affranchissements ? » (p.112)

 

Je considère l’ouvrage de ma collègue Yvonne Bergeron remarquable par la clarté et l’accessibilité de cette synthèse sur la question des femmes et des hommes en Église ainsi que sur la solide articulation théologique et pastorale dont il fait preuve. Il est à souhaiter qu’il serve d’instrument de conscientisation et d’animation pour toutes les personnes engagées dans l’Église, femmes ou hommes, clercs ou laïques.

 

Bravo Yvonne ! et Merci !