RECETTE SANTÉ D’ÉTÉ

L’été est là ! Cette saison porteuse de soleil et de jours plus longs est pour les unes synonyme de quiétude, de repos, de mieux-être, pour les autres période de solitude, de mélancolie, de remise en question. Chacune essaie, tant bien que mal, de refaire ses forces et d’emmagasiner de l’énergie pour les mois à venir. La recette santé proposée pour les semaines estivales n’a rien d’un programme de bonne conduite alimentaire ou de performances athlétiques. L’exercice consiste plutôt à expérimenter les beautés et les grandeurs de la nature comme nous savions si bien le faire lorsque nous étions enfants. Il suffit de retrouver en soi la petite fille d’antan et de prendre le temps d’harmoniser ses sens aux magnificences qui s’offrent à soi.

 

Je vous invite donc à entrer dans l’univers d’Anne-Louise et de goûter, de sentir, de toucher, d’ouïr, de regarder avec elle toutes ces splendeurs accessibles à nos sens et qui sont nourriture de l’âme.

 

Anne-Louise

 

Une pluie fine est tombée toute la nuit. Il est six heures et demie : Anne-Louise, professeure de carrière, est assise sur la véranda de sa maison de campagne en Estrie. Une odeur d’herbes fraîches monte du marais ; ce sera une journée chaude, humide. Son regard se pose sur une splendide azalée rose-pourpre que son fils Simon et sa fille Corrine lui ont offerte à Pâques.

 

Être mère, quelle expérience sublime ! Des années qui se partagent dans le tumulte des sourires et des larmes, des espoirs et des déceptions. Les enfants, c’est la joie de les regarder grandir, mais aussi l’inquiétude de les voir partir. Avec eux, toujours des projets porteurs de rêves secrets, d’idéaux nobles. Oui, un jour ils…

 

La visite inopinée de deux rouges-gorges, voletant au-dessus du buisson  d’aubépines en fleurs, ramène Anne-Louise à la douce réalité de ce matin ensoleillé de la mi-juillet. Quelles délices pour les sens que ces couleurs extérieures et le chant de ces oiseaux nouveau-venus se mêlant aux gazouillis des hirondelles bicolores qui ont élu domicile dans les cavités des arbres centenaires ! Une abeille emporte avec elle le nectar des giroflées sauvages voisines des pétunias étoiles, tandis que des demoiselles aux ailes bleues ou bronze dansent devant les épinettes baignées par le soleil matinal.

 

Coiffée d’un chapeau aux rubans paille, elle descend vers le lac, bras et pieds nus. L’herbe mouillée bruisse sous ses pas, le soleil caresse ses épaules hâlées tandis que le vent furète dans son corsage de mousseline. L’air est pur. Les pétales des roses fraîches écloses ne défaillent pas sous la multitude des gouttelettes d’eau. Soudain, un lièvre saillissant du sous-bois la fait tressaillir ; quel matin délicieux !

 

Depuis plus de vingt ans, Anne-Louise offre en héritage son savoir tant pratique que culturel aux femmes et aux hommes de demain. Quelle noble mais combien préoccupante mission ! Quotidiennement témoin des espoirs, des ambitions, des combats, mais aussi des déceptions, des échecs de ces êtres généreux en quête d’apprentissage, elle se croit bénie par la vie et savoure le moindre plaisir que lui offre chaque lever du jour.

 

Une brume’ légère trouble la transparence du lac. Aux alentours, des oiseaux-mouches voltigeant au-dessus des joncs s’entrecroisent avec certaines sortes de papillons. Pinsons et fauvettes harmonisent leurs chants dans les feuilles des arbres qui dissimulent quelques racines sous les roches habillées de mousse pastèque et sépia. Au loin, des nuages roses tendres s’aperçoivent entre les cimes des arbres. Assise sur le quai, Anne-Louise dessine des ronds dans l’eau, et refait la lecture de ses secrets les plus fous. Au fond de son coeur se mêlent son imaginaire d’enfant, ses idéaux d’adolescente et ses passions de femme. Les rayons dorés du soleil froissent l’eau, et Anne-Louise se demande jusqu’à quand son coeur soupirera pour…

 

Les cloches du monastère tintent au loin ; il est neuf heures précises. Corrine sera bientôt là ; elles prendront le petit déjeuner en tête à tête sur la terrasse à l’ombre d’un magnolia. Secrètement elles partageront leurs rêves, leurs espoirs de femmes. Le coeur d’Anne-Louise chavire de bonheur à cette pensée.

 

Quel que soit notre choix, toute vie est noblesse. Anne-Louise, c’est chacune d’entre nous. Il suffit de la découvrir. Succomber aux charmes et aux beautés de la nature : rien de plus grand et de plus fortifiant. Laisser caresser sa peau par le vent, le soleil, la pluie ; écouter le chant matinal des oiseaux, la sérénade nocturne du grillon, le clapotis de l’eau sur les rochers, le silence de la nuit ; assister au lever du jour ou au coucher du soleil, admirer les étoiles dans le ciel, être témoin de la croissance de la végétation ; toucher la terre rugueuse, l’herbe mouillée, caresser le lichen, marcher dans le sable, se tremper dans l’eau ; humer l’odeur des fleurs sauvages, des moissons d’été, des plantes la nuit après une pluie douce ; goûter avec gourmandise les prémices de la terre, autant de moments délicieux et indélébiles pour l’âme.

 

À chacune, je souhaite un été inoubliable !

 

Hélène Saint-Jacques, Bonne Nouv’ailes