RESTEZ ! VOUS QUI ÊTES DÉJÀ LÀ !

 

Venez, Esprit saint ! », nous a-t-on appris à dire. Mais faut-il vous demander de venir ? Ne suffit-il pas de vous prier de rester ? Vous êtes là, Sophia, sagesse divine, depuis « le commencement », et promesse nous a été faite que vous souffleriez sur nous jusqu’à la fin des temps… Restez !

 

Nous avons besoin d’intelligence, de science, de sagesse et de piété, pour espérer mieux vous connaître, mais pour ma part, je réclame avec plus d’insistance encore vos dons de conseil et de force pour bien éclairer mes choix quotidiens et trouver le courage d’aller de l’avant, malgré les difficultés de la route. La crainte de Dieu ? Je l’ai abandonnée le long du chemin… J’ai compris que l’amour me mènerait plus loin.

N’êtes-vous pas déjà là quand nous retenons une parole, parce qu’elle pourrait chagriner, blesser le prochain ou gravement lui nuire, alors que nous avons déjà des mots assassins sur le bord des lèvres ?

N’êtes-vous pas déjà là dans toute parole prononcée haut et fort pour dénoncer l’injustice ou l’iniquité,  alors qu’il serait plus commode et moins risqué de nous taire ? 

N’êtes-vous pas déjà là dans toute parole murmurée à l’oreille pour exprimer la tendresse, la compassion, l’empathie, alors qu’il serait si aisé de fermer les yeux sur des détresses qui nous semblent trop envahissantes, qui nous arrachent au confort d’une  indifférence dont nous nous servons comme  d’un bouclier ?

N’êtes-vous pas déjà là dans toute parole et dans tout geste de réconciliation et de pardon, alors que le souvenir de l’offense nous torture encore l’esprit et que le temps tarde à guérir notre blessure ?

N’êtes-vous pas déjà là dans toute prière que nous nous efforçons de faire jaillir, malgré l’aridité de notre cœur ?

Oui, vraiment, je vous imagine venant depuis toujours à nous, qu’on appelle les filles d’Ève— pour mieux nous convaincre de notre faiblesse et de la nécessité de demeurer d’éternelles subordonnées —, comme vous venez aux hommes depuis le commencement des temps, dans une liberté si totale et si gracieuse que nous l’avons accueillie comme un héritage et que nous choisissons d’en user…

Je vous imagine présent dans la beauté de la nature qui émerveille nos sens, exalte notre esprit,  réjouit notre cœur et nous incite à rendre grâce. Comment ne pas imaginer vous entendre et vous voir quand le ruisseau murmure, quand la mer gronde, quand les valses lentes des nuages m’inspirent une prière ?

Il me semble vous entrevoir dans les chefs-d’oeuvre sortis des mains humaines qui illustrent, à leur manière, cette tension vers l’absolu qu’avec les artistes nous nous  contentons parfois d’appeler  la beauté, mais qui pourrait porter un tout autre nom…

Je choisis d’imaginer vous entendre me parler quand, portés par une foi sincère, des chrétiens célèbrent leur espérance  dans une modeste église, quand d’autres croyants répondent à l’appel du muezzin où se recueillent dans un  temple bouddhiste, quand des juifs s’invitent mutuellement à se souvenir des grâces dont ils estiment avoir été comblés, quand des agnostiques ou des athées écoutent la voix de leur conscience et vivent selon son jugement.

Je vous imagine absent quand on use et abuse du nom de Dieu pour fomenter la discorde et la haine, pour diaboliser l’adversaire, pour justifier l’usage de la torture et le recours à la guerre, pour dissimuler sous le masque de la vertu et de la foi de dévorantes et trop humaines ambitions.

Vous soufflez comme vous le  voulez, quand vous le voulez, est-il écrit dans un bon livre. J’imagine pour ma part que vous soufflez avec la même puissance sur les femmes et sur les hommes, peu importe le nom qu’ils vous donnent, peu importe même s’ils ne savent pas encore vous nommer. Et j’imagine, mesurez mon audace ! que c’est sur les gens de bonne volonté que vous comptez un peu, de temps en temps, pour manifester visiblement dans le monde votre mystérieuse présence. Vous êtes déjà là… Restez !