The DA VINCI CODE

Quand j’ai reçu en cadeau The Da Vinci Code en 2003, il était tout chaud sorti des presses. C’était un des 85 000 exemplaires de son premier tirage. Le livre, dont vingt millions de copies ont déjà été vendues n’avait pas encore eu le temps de devenir un bestseller et d’être traduit dans 44 langues.

 

 J’avais pressenti qu’il risquait de soulever des polémiques, de scandaliser un certain nombre de chrétiens et de susciter un intérêt — hors du cercle des spécialistes —, pour quelques-uns des plus célèbres tableaux de l’homme de génie qu’était Léonard de Vinci. Mais jamais je n’aurais imaginé l’ampleur que prendrait le phénomène. Dan Brown n’avait pas encore été accusé d’avoir emprunté à quelqu’un d’autre l’idée de son intrigue ni, de surcroît, été poursuivi pour libelle, pour avoir soi-disant porté atteinte à la réputation de l’illustre Florentin à qui nous devons, entre autres, l’impénétrable sourire de Monna Lisa et la plus célèbre représentation du dernier repas de Jésus. Un couvent de Milan possède ce trésor qui vient d’être restauré. Il était en voie de perdition, car la technique expérimentale utilisée par le peintre, avait fort mal résisté au passage du temps. L’auteur n’était pas devenu non plus multimillionnaire car son premier roman Angels and Demons n’avait pas fait autant de vagues. Ce dont je m’étonne par ailleurs, puisqu’il ne manquait pas d’éléments pour exciter les populations. Il se déroule durant un conclave, au Vatican, met en scène le même héros, Robert Langdon, qui n’a décidément pas froid aux yeux, et qui tente cette fois de mettre la main sur un tueur avant qu’il ne réalise son plan de frapper quatre fois dans Rome, et toujours là où se trouve une oeuvre du Bernin. Sous le titre prévisible de Anges et démons il vient de faire son apparition chez nos libraires. Un suspense ébouriffant !

Mais laissons là le Bernin et revenons à Vinci. Comme j’ai lu le roman de Dan Brown en anglais, je ne peux donc rien vous dire sur la qualité de la traduction française qui en a été faite. L’auteur, un Américain, écrit une langue claire. Son style est vif, mais non pas recherché. Mais pour trousser une intrigue, il a la touche ! À coup de petits chapitres courts et pleins de rebondissements qu’il interrompt au moment le plus palpitant, il oblige sa lectrice et son lecteur à tourner une page et puis une autre, si bien qu’il faut une sacrée dose de volonté pour lâcher le livre, revenir aux choses sérieuses ou tout simplement aller se coucher.

Revenir aux choses sérieuses… Nous y voilà ! Ce livre est A novel, « un roman », c’est écrit sur la jaquette. Pourtant, étant donné les polémiques qu’il a suscitées, on pourrait croire qu’il s’agit d’une thèse universitaire. Il a ses adversaires farouches, ses défenseurs inconditionnels. Il a semé la panique chez un certain nombre de chrétiens qui crient au blasphème, et chez les spécialistes de Léonard, de sa vie et de son œuvre, qui ne s’entendent pas sur le sens qu’il faut donner à quelques-uns de ses tableaux religieux les plus énigmatiques. Y a-t-il un code secret inscrit dans La Cène et dans La Madone aux rochers ? Vinci appartenait-il au Prieuré de Sion, une société mystérieuse, détentrice d’un secret suceptible d’ébranler des croyances chrétiennes fermement établies ? Des membres de L’Opus Dei sont-ils capables d’aller jusqu’au crime pour imposer leur vision du christianisme ? Et le trésor des Templiers, où se cache-t-il ? Jésus a-t-il éprouvé à l’égard de Marie de Magdala plus qu’une chaste affection ? Et j’en passe. Mais, me direz-vous, comment toutes ces pistes, poursuivies à un rythme d’enfer — sans compter celles que je ne vous ai pas signalées, pour vous garder l’effet de surprise —, parviennent-elles à s’agencer ? C’est là tout l’art du très habile constructeur d’intrigues policières qu’est Dan Brown. Pour ajouter une touche féministe à tout cela, l’auteur a, de surcroît, créé une héroïne tout aussi savante et astucieuse que courageuse. Ah ! On pourrait lui reprocher d’abuser de certains thèmes religieux à la mode dans les milieux ésotériques, mais personnellement j’ai la faiblesse de lui pardonner ce défaut. Légèreté de ma part ? Peut-être. Il m’arrive d’avoir besoin de “divertissement”, que ce soit ou non, au sens pascalien du terme. Je n’ai jamais aimé bouder mon plaisir. Je souhaiterais toutefois que Dan Brown renonce un jour à terminer ses romans,  “à l’américaine”. Cela fait, à mon avis, un peu trop hollywoodien. The Da Vinci Code, le film, eh oui ! sortira sur nos écrans en 2006. Les vedettes en seront Tom Hanks et Audrey Tautou.

Le livre, vous le savez, a été condamné par le Vatican. Monsieur le cardinal de Gênes Tarcisio Bertone  l’a qualifié  de « château de mensonges », ce qui pourrait être dit, je suppose, de tous les romans. Mais tous les romans, bien sûr, n’ont pas le travers de prêter une épouse et une descendance à Jésus. Rome choisit donc d’interdire aux catholiques l’achat et la lecture de ce livre qui ne s’embarrasse pas d’exactitude historique, je n’ai pas de peine à en convenir. Mais la censure a parfois des effets pervers : elle attise la curiosité des gens pour des ouvrages qu’ils n’auraient jamais lus autrement. Interdire est souvent imprudent, et la prudence n’est-elle plus une vertu cardinale ?