Un chapelet féministe chrétien

Trois mots singularisent ce texte : construction, déconstruction et re-construction d’un artefact religieux :  le chapelet.

Introduction

Cette présentation compte deux volets.  Le premier est divisé en trois temps.  D’abord, je dresse un portrait sommaire des chapelets suivant les traditions bouddhiste, musulmane et catholique.  Ensuite, j’exprime quelques critiques au sujet de ces chapelets.  Finalement je présente les premiers éléments d’un chapelet féministe chrétien.

Dans le second volet, à l’intérieur d’un atelier de réécriture de prières et de méditations, j’invite les membres de la collective à participer à l’élaboration de ce nouveau chapelet.

PREMIER  VOLET

1. Les chapelets

J’aimerais préciser que le chapelet est compris, ici, comme une construction humaine.  Ceci relève du fait que la personne qui l’a inventé a investi son corps, sa raison et son croire dans la conception, la diffusion et la récitation du chapelet.  Elle lui a donné formes, textures, sens et fonctions.

 1.0. Quelques généralités

En observant le mala bouddhiste, le sebhaa musulman et le chapelet catholique, je constate qu’ils ont trois points communs.  D’abord, ils ont une forme circulaire.  Ensuite, je remarque qu’ils sont composés de billes de bois.  D’ailleurs, celles-ci peuvent être faites de pierre, d’os, d’argile et de divers autres matériaux.  Finalement, je note qu’ils sont assemblés selon une numérologie signifiante et symbolique.

1.1. Le mala bouddhiste

Le mala trouve son origine, il y a plus de 2000 ans, en Inde.  Il est le symbole qui permet d’identifier son porteur comme un adepte de la voie bouddhique.  Le Mala symbolise également l’être humain, puisque les 108 billes qui le constituent représentent notre tête, nos mains, nos pieds et rappellent que nous sommes composées des 108 désirs mondains ou liens karmiques tels que l’orgueil, la haine, l’envie, les illusions, etc.

Il existe différents types de mala.  Il y a les bracelets et les chapelets de compte qui permettent, d’une part, de distinguer le laïc du moine,  et d’autre part, de différencier les diverses écoles bouddhiques. Par exemple, l’école zen de l’école tibétaine.

1.2. Le sebhaa musulman

Le sebhaa est composé de 100 billes.  Le rituel qui s’y rattache trouve son origine en Arabie au VIIe siècle.  Il permet de proclamer les 99 plus beaux noms divins d’Allah tels que : paix, lumière, vérité, connaissance, …ainsi que le 100e qui, lui, est innommable.

 1.3. Le chapelet catholique

Son origine remonte au Moyen-Âge entre le 9e et le 13e siècle.  Il est constitué de 61 billes regroupées en dizaines.  Il permet de proclamer  le Credo et de réciter le Notre Père, le Gloire au Père et le Je vous salue Marie.  Depuis le 15e siècle, à la suite du dominicain Alain de La Roche, la récitation du chapelet est accompagnée de méditations.   Les mystères joyeux, douloureux et glorieux de la vie de Jésus et de Marie permettent de contempler les principaux événements de notre salut.

1.4. Les fonctions du chapelet

Bien qu’il serve à compter les prières, les prosternations, à fixer la concentration et à unir la communauté priante, le chapelet a également pour fonction la transmission inter-générationnelle d’un savoir religieux.  En effet, de manière concise, il aborde les principaux éléments de la spiritualité qu’il représente.  Il fait office de catéchèse.  Il est un outil pédagogique.  Il a la particularité d’établir un lien facile et concret avec le sacré.  Finalement, tant par son accessibilité que par sa large diffusion, le chapelet apparaît comme un objet religieux domestique.  Rappelons-nous l’époque de la récitation du chapelet en famille.

2. Les critiques

La principale critique que je puisse faire au sujet du chapelet est sans équivoque son aspect répétitif.  En effet, réciter successivement des prières peut devenir monotone et nous rendre lunatique.  Sa structure laisse peu de place à la spontanéité et à la créativité.  Les prières sont souvent, sinon toujours, d’origine masculine et s’adressent à un Dieu masculin (sauf le mala qui est d’un autre registre).  Par exemple, dans le sebhaa musulman, seul quatre noms divins sont du genre féminin.

Tandis que le chapelet catholique bien qu’il aborde les réalités joyeuses et douloureuses de la maternité, renforce l’idée que Marie est une femme effacée, docile,  qui sert, d’une part, les desseins de Dieu et de l’autre, de modèle pour toutes les femmes.

3. Un chapelet féministe chrétien

Si réciter le chapelet apparaît comme une activité redondante et monotone, il est légitime de se demander pourquoi vouloir reconstruire un chapelet féministe chrétien ?

Pour moi, construire un tel chapelet pourrait s’avérer une manière d’exprimer, de témoigner et de transmettre la spécificité de notre spiritualité. Cela pourrait  être une façon de s’approprier non pas les chapelets présentés ni le sacré dont ils sont investis, mais l’inspiration créative qui est à l’origine de ces objets.

3.1. Présentation et symbolique

Dans cette perspective, je vous présente ce prototype que j’ai nommé Lune d’Ève.  Pour vous, je lui ai donné forme, texture, sens et fonction.

La lune – c’est le cercle – constituée de 28 billes, représente le cycle menstruel,  tabou que l’on retrouve à l’intérieur des grandes traditions religieuses.  Les billes symbolisent la vie physique et psychique des femmes ainsi que leur travail aux plans public, politique, théalogique, etc.

Les trois billes hors cercle symbolisent la trinité féministe chrétienne ; Dieue, Christa et Sophia.  Elles représentent également la vie spirituelle des femmes ; leur manière spécifique de prier, de méditer et de croire.

La figurine, qui précède les trois premières billes, illustre la plénitude de l’incarnation du sacré dans le corps et le cœur des femmes.