UNE FEMME : DES FEMMES

UNE FEMME : DES FEMMES

 

MARIE-JOSÉE RIENDEAU, BONNE Nouv’AILES

 

Bienvenue chères lectrices. D’emblée, vous êtes cordialement invitées à explorer avec moi certains espaces de mon univers intérieur. Je me nomme Marie-Josée Riendeau. J’ai trente-deux ans. Je termine une majeure en théologie et débute un certificat en théologie orientation pratique sociale à l’Université de Montréal. Depuis plus d’un an, je développe un sentiment toujours grandissant d’appartenance au groupe Bonne Nouv’ailes de L’autre Parole, mais surtout avec celles qui composent cette ekklèsia.

 

Lorsque je fais le bilan de mes trente-deux ans d’existence, j’ai l’impression que j’ai toujours été féministe et chrétienne. Issue d’une famille monoparentale, vous comprendrez que ma mère est la première femme qui a marqué ma vie : d’une part, en raison de son autorité patriarcale qui lui vient de son père, de l’autre, parce qu’elle a su se débrouiller seule sans l’apport d’un homme. En effet, elle m’a éduquée à partir des valeurs et des principes de Charles-Emile. Florence m’a appris la franchise, âne pas être naïve, mais surtout à prendre ma vie en mains. De plus, elle a toujours respecté mes choix. Ce n’est que récemment que j’ai compris qu’elle était fragile, dépendante, et que son besoin d’un conjoint l’avait conduit à l’abnégation et au reniement des valeurs qu’elle m’avait inculquées jadis. Peut-être parce qu’elle a projeté sur moi ce qu’elle était, ce qu’elle voulait être ? Quelle qu’en soit la raison, à mon avis, nous sommes toutes inachevées. Aujourd’hui, je suis, à la fois, ce qu’elle est, ce qu’elle aurait voulu être et ce que je suis et ce que je voudrais être.

 

Dès mon enfance j’ai dû confronter la notion du féminin qu’avait adoptée ma mère. La robe et les frisons, à vrai dire, ne m’ont jamais convenu. Les poupées et toute la panoplie de jouets qu’on attribuait aux filles non plus. Florence, ma chère mère, a été fort attristée de me voir si rébarbative à l’attention qu’elle mettait à faire de moi une belle petite fille. J’étais et je le suis encore, pour certains, un garçon manqué. Mais grâce à cette femme qui m’a donné la vie et qui m’a toujours respectée, je bénéficie d’une liberté de penser et d’être qui à mes yeux est inestimable. Lorsque je me compare à d’autres femmes, je réalise à quel point je me distingue d’elles tant par le sentiment d’égalité ou de supériorité que j’éprouve face à l’homme que par cette manière que j’ai d’être femme dans un univers féminin.

 

La deuxième femme qui a balisé mon identité de féministe et de chrétienne, je l’ai connue à l’âge de dix-huit ans. Elle se prénomme Micheline. À ce moment de ma vie, j’étais très blessée. L’Église institution, mais surtout ses ouvrières, ne signifiaient pour moi qu’amertume et désolation. Cette Micheline, une maman dans la quarantaine a passé dans ma vie spirituelle comme un baume sur une plaie béante. En effet, sa façon de m’écouter et de comprendre ce que je vivais en ce temps de « noire soeur » ainsi que la manière qu’elle concevait son rapport à Dieu comme femme, comme chrétienne m’a lentement réconciliée avec l’Église et ses ouvrières. Cette femme m’a appris à laisser pousser le bon grain avec l’ivraie, à faire danser mes pauvretés devant Dieu, à croire en moi parce que je suis unique parmi tous et toutes. Grâce à cette femme qui m’a donné la vie spirituelle, aujourd’hui j’ai la liberté de croire, mais surtout je suis libérée de l’aliénation qu’est la culpabilité face à Dieu.

 

En écrivant ces lignes, je réalise que c’est à partir de ces deux femmes et de ce qu’elles m’ont transmis, que j’ai choisi les meilleures valeurs pour construire ce que je suis devenue. Toutefois, ce que j’en ai fait tient de mon interprétation. En effet, si, aujourd’hui, je suis lesbienne ce n’est pas parce que ma mère m’a inculqué l’indépendance et m’a appris la méfiance face à l’homme. Si je me présente confiante devant Dieue avec mon orientation sexuelle minoritaire ce n’est pas parce que Micheline m’a appris à laisser pousser le bon grain avec l’ivraie. Cela tient davantage de l’intégration que j’en ai faite.

 

Donc comme lesbienne, j’ai effectivement rencontré des femmes qui ont marqué ma vie, particulièrement une religieuse et une charismatique. Je vous entretiendrai de celles-ci parce qu’elles portent le lourd fardeau de la dualité et de la culpabilité, mais davantage celui de la méconnaissance d’elles-mêmes et le refus de regarder en face leur pulsion. Je n’ai rien contre le va-et-vient entre la chute et la conversion. Ce que j’entends par dénégation, c’est l’hypocrisie que cela provoque au nom d’une image qu’il faut à tout prix sauvegarder et dont moi, comme bien d’autres, avons été victimes. J’estime que cette dualité entre la conscience et Dieu est intimement liée au patriarcat et à l’exigence normative de ce que celui-ci impose comme étant saint, pur et vertueux. Personnellement, je préfère de loin être une authentique pécheresse qu’une convertie condamnée à l’hypocrisie.

 

Peut-être que je vous ai choquées, peut-être que je vous ai scandalisées, mais je suis ainsi faite et je n’ai, pour l’instant, rien à perdre ni paradis, ni amour, ni amitié, ni approbation parentale, ni emploi… Je crois foncièrement que je suis extrêmement privilégiée de pouvoir penser et m’exprimer de la sorte. Par contre, je ressens, la précarité de mon libre arbitre. Cependant, à mon sens, quel que soit leur « je suis », beaucoup trop de femmes, encore de nos jours, ont peur d’être simplement ce qu’elles sont, et je comprends parfaitement la légitimité de leur silence, de leur abnégation, de leur dénégation. Cependant, j’espère que l’image à préserver n’obscurcira jamais la beauté de mon être intérieur.

 

Que Dieue, Christa et la Sophia nous éclairent et nous gardent dans la paix et la joie de ce que nous sommes personnellement comme féministes chrétiennes.