UNE TRADITION PATRIARCALE À DEBUSQUER

UNE TRADITION PATRIARCALE À DEBUSQUER

 

Monica Matte –Montréal

 

Récemment, notre fille et son élu nous ont annoncé leur décision de se marier. Tous, nous désirions un mariage religieux mais notre futur gendre avait déjà été marié très jeune, durant ses études, et avait divorcé, de sorte que le mariage catholique lui était interdit, ainsi qu’à notre fille, Conséquemment.

 

Comme nous sommes Roumains d’origine et que la très grande majorité des Roumains sont chrétiens orthodoxes, nous nous sommes adressés au prêtre de l’église de l’Annonciation. Le Père Pierre Papescu n’avait pas baptisé notre fille mis il la connaissait depuis toujours et accueillit le jeune couple chaleureusement.

 

Au moment des explications sur le déroulement de la cérémonie, nous avons découvert que, selon le rite byzantin, le futur marié s’avance d’abord dans l’église entre ses deux parents, qui l’accompagnent jusque devant l’autel. Là, il les embrasse pour les remercier de l’avoir conduit dans la vie jusqu’à ce moment, puis il reste seul à attendre le cortège et, finalement, la mariée. Celle-ci entre escortée, elle aussi, de sa mère et de son père qui l’amènent à son futur époux et sont embrassés par leur fille, en signe de remerciement.

 

J’ai trouvé cette démarche bien plus respectueuse de l’égalité des rôles parentaux et donc plus juste pour la mère.

 

Je n’avais jamais vu dans quelque autre rite : catholique, protestant, juif ou même orthodoxe, cette façon de conduire les jeunes dans cette nouvelle phase de leur vie.

 

Cette variante m’a beaucoup émue et fut appréciée par tous Jusque-là, chaque fois que j’assistais à un mariage, la vue du père conduisant seul sa fille devant l’autel provoquait en moi un malaise (plus ou moins conscient) face au peu d’importance attribué à la mère qui, pourtant, avait porté cette enfant dans son corps et l’avait élevée avec beaucoup plus de présence que le père, dans la plupart des cas. Mais l’habitude de la tradition, l’émotion ressentie devant deux jeunes êtres qui prennent leur propre envolée m’empêchaient de m’interroger davantage.

 

Si, au temps où les pères avaient droit de vie et de mort sur les membres de leur famille, cette habitude pouvait se justifier, aujourd’hui, alors que la responsabilité égale des deux parents est inscrite dans le Code civil, cette façon d’agir n’a plus, à mon avis, sa raison d’être.

 

J’ai voulu partager avec d’autres l’expérience que nous avons vécue. Qui sait, avec le temps (et de la volonté), on pourrait généraliser cette nouvelle façon d’intégrer au cérémonial du mariage une juste visibilité du rôle de la mère…