COLLOQUE ORSAY VIII – 8 au 10 mars 1991

COLLOQUE ORSAY VIII – 8 au 10 mars 1991

 

Religions : oppressions ou libérations des femmes ?

 

Monique Dumais –Rimouski

 

Le printemps dernier, j’ai célébré le 8 mars avec le Groupe Orsay1 association de féministes protestantes de France. Je me réjouissais à l’avance du thème choisi, tout à fait fondamental dans le questionnement féministe religieux, et des invitées de différentes religions provenant d’un certain nombre de pays. De fait, j’ai bien apprécié la pluralité des interventions et la dimension éthique qui a été abordée à quelques reprises.

 

La pluralité des interventions, nous y avons goûté dès la table ronde du premier soir : Mahbouba Merschaoui, musulmane, étudiante tunisienne, Letizia Tomassone, protestante, pasteure de l’Église vaudoise en Italie, Alice Gombault, catholique, présidente de Femmes et Hommes dans l’Église, Lydie Dooh-Bunya, protestante de l’Église réformée, écrivaine, originaire du Cameroun, nous ont lancées dans le débat.

 

– Letizia Tomassone affirme : « La théologie a des fondements de libération très forts, mais ils ont été donnés par les hommes. (…) Le conflit avec Dieu est un moyen d’entrer en contact avec Dieu, d’élargir le royaume ».

 

– Mahbouba Merschaoui a soutenu l’évolution apportée par le Coran. Autrefois, les filles étaient enterrées vivantes, le Coran a présenté un projet pour la libération de la femme. Il contient des principes d’égalité et de justice, quelques versets laissent toutefois voir que la femme est inférieure.

 

– Alice Gombault a montré que les religions ont vis-à-vis des femmes une double attitude : équivalence et subordination (cf. Kari Borresen), que l’on retrouve notamment dans la lettre de Jean-Paul II, en 1988, sur « la dignité de la femme ». Dans l’organisation pratique de l’Église, c’est un statu quo, donc un statut clos.

 

– Lydie Dooh-Bunya, engagée dans le Mouvement pour la Défense des Femmes noires, a signalé le phénomène de « placage » du christianisme et de l’Islam sur les religions africaines traditionnelles. « Le christianisme est à la fois libération et oppression, mais nous nous demandons quel côté est le plus lourd ».

 

Le dimanche matin, après la célébration du sabbat, Pauline Bébé, l’unique femme rabbin en France, nous a brossé un tableau de l’évolution des femmes du côté du judaïsme libéral : en 1869, à Philadelphie, la femme est considérée comme personne à part entière dans le mariage ; en 1892, aux Etats-Unis, les femmes sont éligibles dans l’administration des synagogues ; en 1922, aux Etats-Unis, acceptation de femmes rabbins, en 1972, première femme rabbin aux Etats-Unis. Elle nous fait remarquer que l’importance du mouvement libéral n’est pas très grande en France, car beaucoup de juifs ne sont pas rattachés à des synagogues. Le mouvement libéral n’est pas reconnu par le consistoire français.

 

La dimension éthique a suscité un grand intérêt qui demande à être poursuivi. Ina Praetorius, théologienne allemande, vivant en Suisse, a analysé franchement l’interrogation : « Existe-t-il une éthique au féminin ? sinon faut-il en promouvoir une ? »

 

Trois points majeurs ressortent :

 

1. L’éthique féministe permet de prendre conscience de l’androcentrisme de l’éthique traditionnelle.

 

2. L’éthique féministe doit approfondir davantage ses premières avancées. La notion d’auto-détermination doit être davantage qualifiée, car « l’auto-détermination est une outre vide que chacun remplit avec n’importe laquelle propagande afin d’obtenir l’effet désiré : atteindre à un soi-disant libre choix ».

 

3. L’éthique s’inscrit dans un mouvement de réflexion des femmes. Il s’agit d’un travail solidaire. « L’éthique féministe, en tant qu’éthique normative critique, serait un processus de réflexion sur une valeur morale possible qui ne soit pas orientée sur des conventions traditionnelles – par exemple qu’est-ce qu’une ‘femme véritable’, qu’est-ce qu’un ‘homme véritable’. Elle serait plutôt orientée vers une utopie concrète du survivre ; une utopie qui prenne en compte la banqueroute morale de notre société occidentale et le véritable potentiel d’autodestruction que cette société a

engendré. (…) Nous devons en priorité travailler à un discours féministe informé, réfléchi, interculturel, international et interreligieux. »

 

La table ronde de la fin du colloque a permis à Ina Praetorius de formuler quelques principes alternatifs :

– « à l’avenir les femmes participeront à la société globale activement au lieu de gaspiller leurs énergies ;

– à l’avenir les femmes se solidariseront d’abord avec d’autres femmes pour un monde plus juste, plus pacifique au lieu d’une solidarité avec leurs époux ;

– les femmes n’apporteront de services féminins traditionnels qu’après avoir préalablement vérifié que leur sollicitude n’est pas utilisée à des fins destructrices. »

 

Ce qui est stimulant à la fin de ce colloque, c’est de constater que le débat n’est pas clos, que nous sommes fortement invitées à poursuivre avec ardeur, à voir comment les hommes peuvent s’impliquer dans cette démarche dans nos différents lieux respectifs.

 

Les Actes de ce Colloque viennent d’être publiés en une brochure de 75 pages qui contient tous les exposés des principales interventions, celles de Mahbouba Merschaoui, de Paub’ne Bébé, de Letizia Tomassone, d’Ina Praetorius, d’Alice Gombault, de Lydie Dooh-Bunya, engagée dans le Mouvement pour la Défense des Femmes noires, etc. Prix de vente : 50 FF. Chèque bancaire au Groupe Orsay ou chèque postal : CCO Paris 5697 54 D. Adresse : Maison du protestantisme, 47, rue de Clichy, 75009 Paris.

 

1 Orsay est dans la banlieue de Paris