Billet :

 

Quel sera le sujet de la première encyclique de Benoît XVI ? C’était la question que je me posais avant la parution de Deus Caritas Est. L’amour, c’est le thème qui a été choisi ; il y a de quoi nous captiver ; sous quels angles est-il traité ? C’est donc avec beaucoup d’intérêt et d’interrogations que je me suis lancée dans la lecture de ce texte de 51 pages selon la version française de la Cité du Vatican transmise à la fin de janvier dernier.

Le texte se divise en deux grandes parties : 1- l’unité de l’amour dans la création et dans l’histoire du salut ; 2- caritas – l’exercice de l’amour de la part de l’Église en tant que « communauté d’amour ». C’est la première partie qui m’a davantage captivée, par la recherche du pape à montrer le lien entre eros et agapé.

À partir de la première lettre de saint Jean 4, 16 : « Dieu est amour : celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu en lui », Benoît XVI explore les bases philosophiques et théologiques des concepts grecs eros et agapè. Il cite, en bon allemand, Friedrich Nietzsche : « Selon Friedrich Nietzsche, le christianisme aurait donné du venin à boire à l’eros qui, si en vérité il n’en est pas mort, en serait venu à dégénérer en vice. » (p. 7).

Il s’emploie donc à montrer que le christianisme n’a pas refusé l’eros, mais qu’il cherche plutôt sa guérison en vue de sa vraie grandeur » (p. 8). Il affirme même : « Oui, l’eros veut nous élever « en extase » vers le Divin, nous conduire au-delà de nous-mêmes » (p. 9) ; cependant, il ajoute, « mais c’est précisément pourquoi est requis un chemin de montée, de renoncements, de purifications et de guérisons ». Il en vient à montrer le lien qui doit unir eros et agapè : « En réalité, eros et agapè – amour ascendant et amour descendant – ne se laissent jamais séparer complètement l’un de l’autre » (p. 11). Ce qui est important pour Benoît XVI, c’est de montrer que l’amour est une réalité unique, mais avec des dimensions différentes » (p. 13). Du côté de Dieu, l’eros de Dieu pour l’homme […] est, en même temps, totalement agapè » (p. 14).

La deuxième partie que l’on dit écrite par plusieurs mains est touffue, parfois répétitive dans sa considération de la place centrale de l’activité caritative dans la vie de l’Église. Le pape Benoît XVI énumère comment l’Église catholique a répondu aux nécessités concrètes par des cercles, des associations, des unions, des fédérations, de nouveaux ordres religieux, des encycliques sociales (p. 32). Rien de très neuf dans les propos au sujet de l’activité caritative de l’Église, si ce n’est de redire son indépendance de partis et d’idéologies dont le marxisme, bien sûr (p. 40). « Nous ne contribuons à un monde meilleur qu’en faisant le bien, maintenant et personnellement, passionnément, partout où cela est possible, indépendamment de stratégies et de programmes de partis » (p. 41). Une affirmation plutôt vague ! N’oublions pas que : « L’amour du Christ nous pousse » (2 Co 5, 14) (p.43).

En finale, Benoît XVI nous invite à : « vivre l’amour et de cette manière faire entrer la lumière de Dieu dans le monde » (p. 47) invitation salvifique, mais qui doit continuer de nous poursuivre. Les différents noms de l’amour : eros, agapè, philia, caritas, et leur réalité exigent toujours un approfondissement. C’est un « vaste champ sémantique » (p. 6), à scruter.

On peut poursuivre en consultant les sites internet en rapport avec l’encyclique, tels que Agora Vox ; des livres, Denis de Rougemont, L’amour et l’Occident (1939 et 1972), Anders Nygren, Amour et agapè, en 3 vol. (Paris,1944-52) et peut-être Lou-Andréas Salomé Eros (Paris, Minuit, 1984).