BRIGITTE DE SUÈDE (1302-1373)

BRIGITTE DE SUÈDE (1302-1373)

 

Sage conseillère des papes et des rois

 

par Louise Roy juin

 

Brigitte fut une femme pleine d’initiative, une chrétienne engagée et influente, une prophétesse qui a su discerner les réformes à opérer dans l’Église de son temps, et elle y a travaillé avec audace et fermeté. Elle fut célèbre en son temps marqué par la guerre et la peste qui balayèrent les deux tiers de la population de l’Europe, pour le rôle éminent qu’elle joua auprès des papes et des rois. La Suède lui doit aussi d’avoir fondé un ordre religieux, le premier de son histoire.

 

Issue par sa mère, Ingelborg Bengsdotter, d’une famille apparentée aux rois Goths, elle manifeste dès son enfance des dons mystiques exceptionnels. À 12ans> alors quelle Perd sa mère, on la confie à sa tante. Une nuit, cette dernière la trouve agenouillée, au pied de son lit. Elle s’effraie de ce qui pourrait être une désobéissance et elle s’apprête à frapper l’enfant quand le bâton saisi pour la punir se brise. « Que fais-tu donc la ? », s’enquiert la dame. « Je remerciais Celui qui m’aide toujours, le Crucifié que j’ai vu », de répondre Brigitte.

 

Son père, l’un des plus puissants personnages de Suède, la marie, à 14 ans, au prince de Néricie, Ulf Gudmarson. Bien qu’elle n’aurait pas souhaité entrer au couvent, elle ne désirait pas non plus ce mariage. Mais elle dut se plier à la décision paternelle. Collaboratrice de son mari, elle travaille bientôt au défrichement des forêts, à l’exploitation des mines, à la culture des terres. Comme les enfants deviennent nombreux — 4 garçons et 4 filles — la résidence familiale doit être agrandie. C’est Brigitte qui examine les plans et dirige les travaux. Elle aime, dit-on, le commandement.

 

Dans sa vie heureuse et active, Brigitte se montre attentive aux besoins des autres tout en demeurant unie au Christ qui s’est révélé à elle dès son bas âge. La bulle de canonisation la décrit, à cette époque de sa vie, comme étant la femme forte de l’Évangile, « veillant à la direction de sa maison, nourrissant douze pauvres par jour, leur lavant les pieds, oeuvrant auprès des malades qu’elle pansait et soignait sans dégoût, faisant reconstruire de nombreux hospices délabrés, louant Dieu sans cesse, estimant la justice et méprisant la vaine gloire ». Avec son mari, elle prie trois fois par jour ; ils se confessent et communient chaque semaine. Son influence rejoint de nombreux domestiques et les amis de la famille qu’elle amène à plus de piété, les attirant au Tiers Ordre franciscain dont elle fait partie.

 

À 33 ans, ses enfants étant casés, elle part pour Stockholm, où, à la demande du roi, elle sera l’intendante du palais royal. Elle en édicte les règles de bon gouvernement. Mais, devant l’inutilité de ses interventions, elle demande bientôt de prendre congé ; elle souhaite partir en pèlerinage avec son mari, à Compostelle. Ils traversent tous les deux l’Europe en visitant les lieux saints de l’époque. Sur le chemin du retour, Ulf tombe gravement malade et il fait le voeu d’entrer en religion s’il revoit son pays. Guéri à la prière de sa femme, il passe les dernières années de sa vie chez les Cisterciens où t meurt en 1344. Brigitte songe alors à la vie religieuse et elle fonde l’ordre du Saint-Sauveur. Selon les hagiographies, la Règle qu’on y suivra lui est dictée par le Christ lui-même : l’abbesse a autorité sur les moniales — 60 au maximum — et également sur des prêtres, des diacres et des laïques. Les prêtres représentent les apôtres et Paul de Tarse. Les moniales, les diacres et les laïcs forment le groupe des soixante-douze disciples. Moines et moniales ont leur clôture propre de part et d’autre de l’église où ils se retrouvent pour prier. Brigitte a voulu consacrer son Ordre à la Vierge Marie qui, après l’Ascension, exerça un ministère auprès des apôtres et des disciples. Curieusement, elle ne vivra dans son monastère que le temps de l’organiser. Elle ne portera pas l’habit de son Ordre.

 

La Règle devant être approuvée par l’Église, Brigitte se rend à Rome, en 1349, avec l’espoir de rencontrer le pape Clément VI. C’est alors qu’elle apprend qu’il est installé à Avignon. Cette déception, dit-on, est à l’origine de sa grande mission dans l’Église, celle de rapatrier la papauté à Rome. Brigitte se met à l’étude du latin pour mieux se faire comprendre. Elle se dépense pour convertir les princes. Elle intervient aussi auprès des membres de la hiérarchie ecclésiale pour leur rappeler leurs devoirs de pasteur. C’est au nom du Christ et de la Vierge qu’elle leur adresse des monitions sévères et des prédictions menaçantes qui se vérifieront. En voici la teneur : « Que te pape sache avec certitude que la volonté de Dieu est que, sans délai aucun, il s’en retourne à Rome, et qu’il se hâte en telle sorte qu’il soit là au mois de mars, ou pour te moins en avril prochain, s’il me veut avoir pour Mère. Que s’il est désobéissant en ces choses, qu’il sache au vrai qu’il ne sera jamais visité de moi par telles visions et consolations en ce monde. Je signifie encore au même pape que jamais de la sorte la paix ne sera ferme en France, car ses habitants n’en jouiront jamais qu’ils n’aient apaisé te Ris de Dieu et mon Ris par quelques grandes oeuvres de charité, de piété et d’humilité, puisqu’ils l’ont offensé par plusieurs mauvaises oeuvres et l’ont provoqué à indignation et à colère […] ». Clément VI ainsi que son successeur ne répondent pas à ses appels et les deux meurent à Avignon. Ce n’est qu’en 1367 que Brigitte verra le pape Urbain V entrer dans la ville éternelle. Mais la situation politique veut qu’il soit ramené une fois de plus au palais d’Avignon. Il faudra d’ailleurs encore dix ans pour que son successeur, Grégoire XI, ne retourne définitivement à Rome et cela, grâce aux bons offices d’une autre femme, Catherine de Sienne. En 1371, la Règle du Saint-Sauveur, assimilée à celle de saint Augustin, est reconnue par le Saint-Siège.

 

Pendant son séjour à Rome, Brigitte de Suède fonde un hospice pour les pauvres en collaboration avec sa fille Catherine. Ensemble, elles visitent aussi les églises et les catacombes de la capitale éternelle. Elles fréquentent d’autres sanctuaires italiens de renom dont ceux d’Assise, de Naples et du Mont Cassin.

 

Brigitte a bientôt 70 ans. Epuisée par ses pèlerinages et ses démarches diplomatiques, elle obéit quand même à ce qu’elle croit être un ordre du Christ et elle s’apprête à faire un voyage en Palestine. À chaque étape de son parcours en Terre sainte, Brigitte reçoit, diton, des grâces extraordinaires. Elle s’imprègne de la vie de Marie et du Sauveur dans ses visions. Elle meurt peu de temps après son retour, à l’été 1373. Son corps est ramené en terre natale par Catherine, sa fille, qui après 25 ans d’absence revient chez elle

prendre la tête, à titre d’abbesse, du seul monastère suédois de l’époque. Brigitte de Suède fut canonisée par Boniface IX en 1391 et ses révélations, reconnues par le Concile de Constance en 1415, furent publiées en 1492. C’est Catherine de Sienne qui, pour sa part, prolongea la mission ecclésiale de Brigitte, en réussissant à ramener définitivement le Saint-Siège à Rome après 67 ans de séjours mouvementés à Avignon.

 

Si selon Lacordaire, « l’histoire est le soleil qui éclaire l’avenir », ne faut-il pas penser qu’à l’exemple de Brigitte et de Catherine, les femmes sont appelées à jouer des rôles de premier plan dans l’Église ?

 

Oraison de sainte Brigitte à la Vierge

 

O Marie, Mère du Tout-Puissant, bien que je n’aie pas été douce et bonne, toutefois je vous invoque à mon aide, et vous supplie qu’il vous plaise de prier pour Home, ville si excellente et si sainte, car je vois de mes yeux corporels quelques églises, où reposent les os et les reliques des saints, être désolées et démolies. Quelques autres sont habitées, mais les coeurs et les moeurs de ceux qui en ont le gouvernement sont bien éloignés de Dieu.

 

(Livre III, 27, extrait des Révélations, Éditions du Lion de Juda, 1991, pp.168-169)

27

Méditation

 

Au matin de la Résurrection, Jésus lui-même a choisi Madeleine pour annoncer la Bonne Nouvelle aux apôtres, donnant ainsi un exemple de la confiance qu’il portait à cette femme. Au temps du schisme d’Avignon, Seigneur, tu as compté sur l’aide de Brigitte pour solutionner les problèmes qui affectaient ton Église. Que l’Esprit qui a animé Brigitte de Suède et Catherine de Sienne suscite encore aujourd’hui des émules de leur lucidité face à une mission qui requiert courage et persévérance.

 

Référence principale

Sainte Brigitte de Suède. Révélations, Éditions du Lion de Juda, 1991