CATHERINE DE SIENNE (1347-1380)

CATHERINE DE SIENNE (1347-1380)

 

Docteure de l’Église

 

par Elisabeth Lacelle

Juillet

 

II y a eu vingt-cinq ans en octobre 1995, Paul VI proclamait Catherine de Sienne Doctor Ecclesiae, ainsi que Thérèse d’Avila : une première dans la tradition chrétienne. La vie de Catherine est celle d’une figure de proue dans l’histoire du christianisme.

 

Elle a vécu les temps difficiles de l’éclatement du christianisme occidental en tant que système de chrétienté. En plein milieu de ce désordre, ecclésial et politique, elle s’est mise à prêcher, enseigner, écrire des lettres, agir comme médiatrice entre les familles, des gouvernants et des prélats. Laïque associée aux Mantellate dominicaines, elle vécut le plus souvent en itinérante, accompagnée de femmes et

 

d’hommes qui circulaient avec elle en Toscane et en France, qu’on désignait la « bella brigada  ». Elle fut fortement critiquée, traitée de « gyrovague », de « politicarde », voire de sorcière. Sa foi audacieuse dérangeait.

 

Elle enseignait à tous ceux et celles qui se trouvaient sur sa route que la connaissance de Dieu sans connaissance de soi, et la connaissance de soi sans la connaissance de Dieu étaient illusoires. Dans cette double connaissance, dialogale, elle connaissait l’Église, son peuple, l’« humaine génération » comme elle disait. Elle en était habitée et invitait à s’en laisser habiter, en « cellule intérieure », de sorte qu’en plein engagement aux frontières des situations les plus tendues de son temps, collectives et individuelles, elle se tenait libre et libératrice. Elle nous a laissé ce secret d’existence passionnée dans ce qu’elle appelait « mon livre », qui reçut le titre Le Dialogue.

 

Pour Catherine, la foi était une question de vérité, une connaissance vitale des « mystères » et alors, des implications concrètes de la grâce de Dieu ; un vivre vrai. Elle exhortait à devenir les « époux » et les « épouses » de la vérité les plus petits comme les plus grands, en passant par sa nièce Nana, le jeune diplomate Nicolo di Tuldo condamné à mort, une prostituée de Sienne, le pape, le théologien Lazarino dont la théologie était devenue, selon elle, et il le reconnut, « écorce sans moelle ».

 

C’est dans son désir intense de vérité qu’elle a vécu le Grand Schisme de l’Église en 1378, après avoir appelé Grégoire XI à la réforme de l’Église : « Le trésor de l’Église est le sang du Christ, donné pour prix de l’âme ; ce trésor du sang n’a pas été payé pour les biens temporels, mais pour le salut du genre humain. En admettant que vous êtes tenu de reconquérir et de conserver les richesses, les droits que l’Église a perdus, vous êtes tenu bien davantage à reconquérir tant de brebis, qui sont un trésor pour l’Église » (Lettre II). Grégoire XI rentrait à Rome en janvier 1377. Urbain VI lui succéda. Le schisme éclata dès septembre 1378.

 

Catherine vécut la douleur du schisme pendant deux ans et demi et mourut de cette douleur, dans son corps déchiré et asséché, figure du drame de l’Église devenue « arbre mort », ses gardiens n’ayant ni voulu ni su entendre le cri de son désir passé dans le désir de Dieu, « de nouvelles et plus fructueuses plantes » dans le jardin qu’est l’Église (Oraisons I et V ).

 

Oraison de Catherine

 

O étemelle beauté,

ô étemelle sagesse,

ô éternelle bonté,

ô étemelle clémence !

O largesse inestimable,

O fou d’amour : et as-tu besoin de ta créature ?

Oui, je le pense ;

car tu te comportes comme si sans elle tu ne pouvais vivre,

étant donné que tu es vie,

que toute chose a vie pour toi,

et sans toi aucune chose ne vit.

Et pourquoi donc es-tu pris de folie ?

Pourquoi t’es-tu ennamouré de ta créature,

t’es-tu plu et ravi d’elle en toi-même,

et comme ivre de son salut ;

elle te fuit et tu la cherches,

elle s’éloigne et tu t’approches ;

plus près tu ne pouvais venir

qu’en te revêtant de son humanité.

Et que dirai-je ?

Je ferai comme le bègue et dirai : « A, a »,

parce que je ne sais rien dire d’autre,

parce que la langue finie ne peut exprimer

le sentiment de l’âme qui infiniment te désire.

Je crois pouvoir dire la parole de Paul quand il a dit :

« Ni la langue ne peut dire, ni l’oreille entendre,

ni l’oeil voir, ni le coeur penser ce qu’il a vu !

Qu’as-tu vu ?

J’ai vu les mystères de Dieu… »

 

(Le dialogue, chap.153)

 

Prière inspirée par Catherine

 

Déité éternelle,

ô haute éternelle Déité, amour inestimable.

Dans ta lumière, j’aime la lumière,

dans ta lumière, je connais la lumière

et la cause de la ténèbre.

Tu es le miroir

en lequel je me vois

et nous, les enfants de ta grâce,

femmes et hommes créés à ton image et ressemblance

transfigurés en ta vie à jamais.

Dissipe la ténèbre

qui ternit cette image dans l’Église

la où elle ne se laisse pas réconcilier avec toi

dans la grâce baptismale

germe d’humanité intégrale pour chacun et chacune de tes enfants.

C’est toute l’humaine génération

qui te prie

dans mon désir

désir que tu habites

et auquel tu te rends lié

ô fou d’amour

ô toute brûlante Déité

Puissance

Sagesse

Clémence

ô éternelle Trinité.

 

Sources utilisées

 

Catherine de Sienne, Le Dialogue, Mr., trad, et postface par L. Portier, Paris, Cerf, 1992, coll. « Sagesses chrétiennes ».

Catherine de Sienne, Les Oraisons, trad, par L. Portier, Paris, Cerf, 1992, coll. « Sagesses chrétiennes ».

Catherine de Sienne, Lettre, 2 vol., trad. É. Cartier, Paris, Tégui, 1976.

E.J. Lacelle, « Catherine de Sienne. Docteur de l’Eglise », L’Église canadienne, 28, 5 (1995), p. 163-167 (autres références).