CARICATURE MARIALE

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Béatrice Gothscheck- théologienne

 

Qui d’entre nous ne s’est rendu, pendant sa jeunesse ou récemment encore, dans un lieu de pèlerinage ? Qui n’a pas participé fidèlement au mois de Marie, à la prière du chapelet en famille ? Qui, enfin, n’a pas récité ses prières, collectionné ses images et porté sa médaille de Marie ? Il y a à peine un quart de siècle, tout bon chrétien et toute bonne chrétienne se devait de vivre sa dévotion à Marie.

 

Aujourd’hui, une grande proportion de chrétiens et chrétiennes jugent la dévotion mariale anachronique et dépourvue de sens.

 

Pourtant, si tant de femmes et d’hommes ont vécu intensément, pendant des siècles, leur dévotion à Marie/ c’est que cette activité devait avoir du sens à leurs yeux. Ce sens relevait peut-être plus d’un besoin que j’appellerais « le besoin du sacré et du merveilleux dans leur vie ». Aujourd’hui, dans notre culture, la sécularisation a modifié ce besoin : ce n’est plus dans la religion que l’on trouve le sacré mais chez les vedettes, dans le cinéma, l’argent, les mascottes, la musique rock, les nouvelles religions, etc.

 

L’être humain vit dans une constante recherche de sacré, de rituel et de culte pour enraciner son quotidien tout en tendant la main vers l’extraordinaire.

 

Revenons à la dévotion mariale. Elle peut se définir, en christianisme, comme l’une des facettes visant à répondre au besoin de maintenir un lien tangible et solide entre le croyant et son Dieu. Ce lien a été compris, exprimé et vécu de différentes manières par l’intelligentsia chrétienne (le clergé, en grande part) et par le peuple.

 

Les clercs

 

II est plus facile d’analyser directement le contenu des écrits provenant de la première catégorie de personnes puisque c’est elle qui, dans les manuels de dévotion, les prières et les chants institutionnalisés, a laissé la marque la plus profonde. Cette catégorie de personnes vouait, et voue encore, un culte à Marie qui répond à ses préoccupations : Marie, Mère des hommes – Marie, Vierge – Marie, Mère du Sauveur – Souveraine

– Avocate – voire même Co-Rédemptrice.

 

Si la prière et la réflexion sur Marie s’en étaient tenues à ces perspectives théologiques, cela aurait été acceptable. Mais, du moment où la dévotion a dérapé vers des formulations à l’eau de rose du style : Beauté céleste (Fraîcheur des roses, Blancheur des lys, Cristal pur, Fleur de grâce), Maîtresse souveraine. Porte du ciel ; lorsque ces formulations se sont doublées de références à la vie d’intimité avec la douce Reine, de pratique d’amour, de relations surnaturelles avec Marie, de « tenir amoureusement notre mémoire et notre imagination sur son modèle » (références de quatre manuels de dévotions mariâtes très connus), des questions ne peuvent manquer de surgir.

 

Pour ce groupe, Marie est le modèle de la femme par excellence et à la fois, soupçonne-t-on, une maîtresse inaccessible. Il me semble qu’ici il y aurait matière à entreprendre une bonne cure psychanalytique.

 

Les autres aspects de la dévotion mise sur pied par les clercs, litanies, rosaires, gestuelles quotidiennes, avaient/ paraît-il, pour objectif d’aider les croyants et croyantes ainsi que te clergé à rejoindre Dieu par le biais de Marie. Mais, chez les membres de cette première catégorie de personnes, la réalité de Marie mère de Jésus a souvent été éclipsée.

 

Le peuple

 

II en va différemment de la dévotion mariale plus « populaire ». Ce sont surtout des femmes qui, avec et par Marie, ont cherché à exprimer leur vie et leurs rêves. Leurs prières demeurent très spontanées, affectives, mais souvent aussi empreintes de magie. Elles ont besoin d’un contact direct avec cette femme-maman, mais surtout avec cette femme-sacrée devenue Reine de l’univers. Leur dévotion s’inspire du modèle de dévotion proposé par les clercs, mais le culte qu’elles pratiquent se modifie souvent dans un rituel un peu différent

 

Le rosaire, par exemple, n’est pas toujours récité dans l’esprit des mystères du Christ, mais comme une incantation magique. Il en est de même pour d’autres prières répétitives comme les litanies qui possèdent un contenu encore plus « extra »-ordinaire.

 

Le chapelet, comme objet devient un talisman qui protège contre le danger. On l’accroche sur la corde à linge pour avoir du beau temps ou on le jette par terre pour s’aider à retrouver un objet perdu.

 

Que dire de toutes les images ? Il y en a qui représentent Marie dans sa simplicité de maman ; mais plus nombreuses celles qui nous dévoilent une Reine Toute-Puissante ! Par ailleurs, ces images ne servent pas seulement à soutenir la méditation, mais agissent également comme objets sacrés favorisant la guérison (image de Marie apposée sur un membre blessé, une plaie, etc.) ou comme aides dans les moments pénibles (image sous l’oreiller pour appuyer favorablement une demande d’intercession).

 

Et que dire des lieux de pèlerinage qui présentent Marie comme « La Reine » tant par la richesse des cadeaux qui lui sont offerts que par la somptuosité des parures dont on habille ses représentations ? Qui n’a pas déjà vu l’une de ces Madones méridionales parées d’habits richement confectionnés et de bijoux (bagues aux doigts) ?

 

Pour cette deuxième catégorie de personnes, Marie peut être priée parce qu’elle concourt à renforcer le courage des mères, ou parce qu’elle est cette démiurge qui aide magiquement par sa puissance et sa force. Mais, ici encore, se souvient-on de Marie la mère de Jésus ?

 

Evidemment en quelques mots, je n’ai pu dessiner qu’une caricature de la dévotion mariale. Des traits rapides, succincts, mais suggestifs. Et vous savez certainement que toute caricature ébauche un plus grand espace de réalité.