EMILIE TAVERNIER-GAMELIN

EMILIE TAVERNIER-GAMELIN

 

Denise Robillard, Editions du Méridien, Montréal, 1988

 

Voilà un livre d’histoire très bien documenté qui nous apprend à connaître une forte personnalité. Emilie Tavernier-Gamelin avait toutes les qualités nécessaires pour exercer le pouvoir mais, née femme, elle a canalisé toutes ses énergies dans le dévouement.

 

Nous sommes au XIXe siècle, dans une1 société tout imprégnée par la religion et où la bourgeoisie capitaliste britannique domine la politique. L’espérance de vie était courte à cette période : Emilie Tavernier-Gamelin perdra plusieurs de ses proches. Orpheline, elle dépendra de la charité familiale : un début de vie difficile mais qui forgera son caractère entreprenant, courageux, jovial.

 

Tout ce contexte va susciter chez elle beaucoup de générosité et d’ingéniosité car que n’a-t-elle inventé pour aider les vieilles femmes pauvres dont elle s’était chargée ! Elle a vécu aussi la période agitée de 1837 : elle n’a pas hésité alors à aller visiter chaque jour les prisonniers politiques. Denise Robillard fait remarquer que, quel que fût leur camp politique, les femmes ont oeuvré pour venir en aide aux victimes de la situation économique. La solidarité des femmes est au-dessus de la politique, pour le bien de la société.

 

Un ami de la fondatrice des Soeurs de la Providence, le notaire Jean-Joseph Girouard disait des femmes « qu’elles étaient la meilleure partie des êtres de la création » et encore « qu’elles sont on ne peut plus ingénieuses et admirables, quand il s’agit de venir au secours de toutes les espèces d’infortunes » (p.145). Il résume très bien la vie d’Emilie Tavernier-Gamelin qui, en plus de recevoir les femmes pauvres, accueillera des dames pensionnaires, des orphelines, des sourdes-muettes, organisera des retraites pour les dames et les demoiselles et dirigera une nouvelle fondation.

 

Mgr Bourget désirait beaucoup que l’oeuvre commencée devienne un ordre religieux. Denise Robillard raconte les différentes démarches de l’évêque qui put alors mieux contrôler et exercer son autorité. Il donna aux religieuses un coutumier qui n’était qu’une transposition d’un document du XVIIe siècle mal adapté aux besoins des recrues des Soeurs de la Providence. Ensuite, il put devenir très sévère sur les manquements à l’observance de la règle et même susciter des délations parmi les religieuses. Emilie Tavernier-Gamelin, sera humiliée mais réagira admirablement : un autre épisode pathétique de ce livre (p.247 et sq).

 

Nous sentons très bien le poids de la hiérarchie sacerdotale qui intervient dans tous les domaines, puisque Mgr Bourget reprochera même à la mère fondatrice d’utiliser un mouchoir de soie plutôt que de coton ! Mais ce qui semble plus grave, c’est la conception que ce prélat avait de l’organisation de la charité qui est pensée par l’évêque, dirigée par les prêtres, administrée et réalisée par les religieuses et religieux, financée par les laïcs.

 

Quand Emilie Tavernier-Gamelin mourut, en 1851, du choléra, Mgr Bourget fit l’éloge de sa générosité, mais il parla aussi des épreuves qu’elle avait rencontrées dans sa vie de supérieure, de la sévérité des autorités ecclésiastiques à son égard mais tout cela, il l’attribuait à son caractère et à ses habitudes : comprenons que cette femme « de caractère » avait su se tenir debout.

 

Flore Dupriez – Vasthi