UNE FEMME MARQUÉE PAR LA TRAGÉDIE : MARTA DANYLEWYCZ

UNE FEMME MARQUÉE PAR LA TRAGÉDIE : MARTA DANYLEWYCZ

 

Maria Danylewycz est un personnage presque mythique. Elle voit le jour dans un camp de réfugiés en Allemagne, en 1947. Sa jeunesse, elle la passa aux Etats- Unis. Elle vécut dans une société ukrainienne qu’elle décrivit comme « très fermée ». En 1973, elle débarque au Québec pour y faire sa thèse de maîtrise à l’Université McGill. Elle enseigne l’anglais dans une polyvalente francophone. Linteau, Prentice et Westfall 1 nous disent qu' »elle conquit le coeur de tous ». Cette historienne, cette féministe connut une fin tragique en 1985 : son frère enleva la vie à Marta, à leur oncle, et à leurs parents avant de se suicider.

 

Dans un numéro consacré à « L’histoire des femmes canadiennes (vol. 7, no 3, automne 1986),Les Cahiers de la femme livrent un vibrant hommage à cette jeune femme. Des étudiantes y témoignent de la joie de vivre qui l’animait, de son amour de l’histoire et des études de la femme. Cet amour, elle savait le transmettre à celles et ceux qui l’approchaient. Quelques photos nous font voir une jeune femme active, à l’allure décidée et, dans ses yeux et son sourire, il y a la sérénité, la volonté et la joie de vivre.

 

Maintenant, qu’en est-il de Profession : religieuse. Un choix pour les Québécoises (1840-1920) ? En fait, c’est le résultat de sa thèse de doctorat dont elle avait presque terminé la révision pour fins de publication au moment de son décès. Marta Danylewycz y trace le portrait du Québec d’après les événements de 1837-1838. Il sera question « de l’expérience vécue par les religieuses, individuellement et collectivement » (p. 16). Ce sont les années de l’essor des communautés religieuses féminines au Québec.

 

Prenant comme point d’appui deux communautés montréalaises fort différentes – les Soeurs de la Congrégation de Notre-Dame, qui se consacrent à l’enseignement, et les Soeurs de la Miséricorde, dont la mission était de « donner asile à des mères célibataires », (p. 19) – l’auteure nous fait découvrir une autre facette de notre histoire, de l’histoire des femmes. Il est dit que prendre le voile, « c’est un choix moins risqué que celui du mariage, car il offre une porte de sortie en cas d’erreur ou de mécompte » (p. 55). Une novice insatisfaite de la vie religieuse peut quitter le couvent soit en abandonnant la profession, soit en adoptant la règle d’une autre communauté. Le mariage, c’est pour la vie. En cas d’erreur, impossible de revenir en arrière. Pour l’époque, l’analyse tient.

 

Pour cette historienne, le phénomène de l’entrée massive des Québécoises au couvent s’explique aussi par les conditions matérielles qui sont offertes aux femmes de l’époque. De plus, pour plusieurs, la seule voie d’accès à de véritables carrières professionnelles dans le domaine social et éducatif passe par l’entrée au couvent. Dans les milieux protestants, la voie d’accès à la vie active se fit par le mouvement féministe. Ainsi, nous dit-elle, il ne faut pas se surprendre si, au Québec, la montée du féminisme a dû attendre le démantèlement de l’héritage de Monseigneur Bourget.

 

A la veille de fêter le 50e anniversaire de l’accession des femmes du Québec au droit de vote, il est intéressant de se faire rappeler comment les féministes de l’époque ont utilisé le mode de fonctionnement des religieuses pour ridiculiser nos élites politiques et religieuses qui s’opposaient au droit de vote des femmes. Un des motifs allégués pour refuser le suffrage universel était que l’exercice du droit de vote allait corrompre les femmes. Nos ardentes féministes prenaient un malin plaisir à rappeler à ces messieurs que les religieuses élisent couramment leurs supérieures !

 

Si l’auteure colle bien à son projet de partir de l’expérience vécue par les religieuses pour expliciter sa thèse, i.e. que la vie religieuse est une solution de rechange au mariage, à la maternité ou au célibat, il nous semble que toute la question de l’engagement spirituel est escamotée. La question est vaste et difficile à traiter et peut faire l’objet d’une autre thèse de doctorat.

 

Monique Hamelin – Vasthi

 

1 Profession : religieuse. Un choix pour les québécoises (1840-1920) par

Marta Danylewycz. Texte mis au point et présenté par Paul-André Linteau, Alison

Prentice et William Westfall. Traduction de Gérard Boulad. Boréal : 1988.