No. 41 – LES SOEURS

LES RELIGIEUSES EN 1989

Les religieuses, un sujet d’actualité? Un sujet qui intéresse pour le moins, a-t-
on remarqué parmi nos nouvelles abonnées qui ont demandé un ancien numéro (le
numéro 14 de mars 1981) dont le titre en première page était: « Les religieuses, des
femmes parmi d’autres femmes ».

Dans un article récent paru dans La vie des communautés religieuses
(septembre-octobre 1988), je posais la question: « Que peut-on dire de bon de la vie
religieuse en 1988, à la fin du deuxième millénaire, alors qu’elle semble s’essouffler
dans les communautés plus anciennes en Occident, en même temps qu’elle connaît
des ardeurs insoupçonnées dans de nouvelles communautés un peu partout à
travers le monde? » Oui, y a-t-il un avenir pour les religieuses?

Danièle Hervieu-Léger nous parle dans Vers un nouveau christianisme?
(Paris, Cerf, 1986) de « monastères revisités ». « Au moment où l’étrangeté de la vie
monastique et sa distance à la culture moderne semblent n’avoir jamais été aussi
grandes, la circulation des visiteurs et des « retraitants » a rarement été aussi intense »
(p.10). Mais attention, les religieuses vivent de moins en moins dans des
monastères; elles préfèrent des habitations plus petites qui leur permettent d’avoir
une façon de vivre plus familiale. Danièle Hervieu-Léger souligne également que,
pour les retraitants et les visiteurs, « le renoncement au monde est perçu comme
une voie d’accès (d’ailleurs impraticable pour eux-mêmes, sauf sous la forme limitée
d’une retraite) à l’épanouissement personnel: il n’est qu’exceptionnellement
ressenti comme porteur, en tant que tel, d’un projet social alternatif » (p.11).

Attirance? surprise? étonnement? incompréhension? curiosité? voilà des attitudes
qui manifestent que la vie des religieuses ne laisse pas indifférentes les personnes
qui en entendent parler. Et que nous dit-elle, à nous, femmes croyantes et
féministes? Et pour certaines d’entre nous, comment vivons-nous cette réalité
d’être à la fois religieuses et féministes?

Nous avons demandé à des femmes elles-mêmes religieuses ou en contact avec des
religieuses de nous livrer leur façon de voir la vie religieuse. Nous nous rendons
compte que depuis Vatican II, la vie religieuse a pris des allures nouvelles, s’est
laissé interpeller par la culture contemporaine, qu’elle a fait des efforts pour s’incarner
dans le monde d’aujourd’hui. Mais est-ce si facile de nommer ces modifications
plus ou moins profondes? de faire une lecture féministe, politique et moderne
des voeux de pauvreté, d’obéissance et de chasteté? de montrer le sens de la vie
communautaire aujourd’hui? de saisir des perspectives d’avenir? Dans des textes
d’exploration et de réflexion sur l’aujourd’hui et aussi sur le passé, des religieuses
tenteront de le faire.

Monique Dumais, o.s.u. – Rimouski