FAIRE EGLISE EN MILIEU POPULAIRE. QUELS DÉFIS

FAIRE EGLISE EN MILIEU POPULAIRE. QUELS DÉFIS ?

 

Marie-Andrée Roy – Vasthi

 

Les 9-10-11 octobre, avait lieu le colloque des militantes et des militants chrétiens- nés du Québec sur le thème « Faire Eglise en milieu populaire. Quels défis ? » Ce colloque, organisé par l’équipe du Centre de Pastorale en Milieu Ouvrier (CPMO), avait pour objectif de permettre aux personnes engagées en milieu populaire et ouvrier, et dans les mouvements d’action catholique, de mieux se connaître, d’identifier les défis à relever pour que grandisse l’Eglise en milieu populaire et ouvrier, de se donner les moyens pour relever ces défis.

 

Plus de 250 personnes, dont une grande majorité de femmes, ont répondu à cet appel. Elles venaient de Roberval, Montréal, Aima, Shawinigan, Huit, Valleyfield, St- Hyacinthe, Lachute, Joliette, Québec. Cette joyeuse foule de personnes enracinées dans différents milieux, de tous les âges, enfants y compris, témoignait de la diversité des engagements du « peuple de Dieu !

 

Ce colloque a été précédé de sessions de préparation régionales où 200 personnes ont dressé le portrait actuel de l’Eglise et identifié les traits de celle de demain.

 

Voici un tableau synthèse des résultats de ces travaux.1

 

I- De la bâtisse             à la             communauté :

-D’une Église de pierres, froide, –               A une Église de petites communautés

statique                                    dynamiques, inter-reliées

-D’une Église compartimentée,                A une Eglise ouverte au monde et à

fermée, cadenassée l                         a communauté

-D’une Église de paroisses artificiel- –          A une Église de communautés naturelles

 

2- Du pouvoir             à.                 l’égalité :

 

-D’une Église masculine patriarcale          -À une Église égalitaire où les femmes

et sexiste                                   ont leur place à part entière

-D’une Église où les principaux               -A une Eglise où les ministères

ministères sont monopolisés par                    respecteront    

les hommes                                  l’égalité fondamentale des baptisés

-D’une Église moralisante et oppressive          -À une Église libératrice de la personne

pour tes femmes

 

3- Des puissants   aux       pauvres

 

-D’une Église bâtie pour les pauvres     -A une Église bâtie à partir des appauvri-es

-D’une Église au service des          -A une Église du côté des pauvres

pauvres (option préférentielle)

-D’une Église où les pauvres sont     -A une Église où les pauvres sont au centre    

à la périphérie

 

4- Du dedans            au.,                dehors

 

-D’une Église centrée sur le               -A une Église centrée sur la Bible et sur

clergé/ les évêques, les prêtres                 Jésus-Christ présent dans la communauté

-D’une Eglise pyramidale/ verticale          -A une Église de « table-ronde,

et de pouvoir                                   égalitaire et de services

-D’une Église centrée sur elle-même,          -À une Église centrée sur tes besoins du

sur ses besoins institutionnels                    monde

 

5- Du figé                à.                 la vie

-D’une Église de rites décrochés               A une Eglise « Sacrement* où on célèbre

de la vie                            a vie, la Pâque

-D’une Église passive, enseignée,          A une Eglise de participation, de prise

silencieuse

-D’une Église légaliste, axée sur le          A une Église en lutte contre les injustices,

péché individuel                              sources de péché

 

6- De l’ancien             au                 nouveau

 

-D’une Église d’adultes, moralisante –          À une Église où les jeunes prendront

et « correcte »                                    leur place

-D’une Église blanche, dominante –          A une Église accueillante aux Amérin

orgueilleuse                               dien-nes, aux réfugié-es, aux minorités

-D’une Église de chrétienté vieil-                -À une Église jeune, prophétique et

lissante                                    missionnaire

 

Les travaux de la fin de semaine ont permis d’identifier les défis à relever pour que puisse se faire le passage de l’Église actuelle à (‘Église-communauté. Les personnes présentes ont reconnu l’importance de renforcer les organisations où elles militent, de se concerter davantage entre groupes, de créer des liens et des lieux de solidarité, de se donner de meilleurs moyens de communication et une organisation souple au service du réseau des groupes engagés. Il est apparu également qu’il fallait procéder à un travail de réappropriation de la Bible et faire renaître l’Église à partir des pauvres et des femmes. Les personnes se sont rappelé l’exigence de vivre dans leurs groupes ce qu’elles veulent vivre dans l’Église (ex. : non-discrimination, égalité hommes-femmes). Pour que naisse une Église égalitaire il ne faut plus tolérer la servitude, l’isolement des femmes en milieu populaire, la violence et l’oppression qu’elles subissent II faut soutenir les luttes des femmes et bâtir une Église où il y a une place pour tous et toutes, femmes, hommes et enfants, sans discrimination à partir des situations de vie.

 

La tâche, vous le voyez, est immense et les ouvrières et ouvriers si peu nombreux. Mais les signes d’espérance affluent D’abord les personnes rencontrées lors de cette fin de semaine n’étaient pas des novices de l’engagement en milieu populaire ; c’étaient des routières et des routiers de longue date, des personnes d’expérience, des « fidèles ». Ça parle d’un véritable « souffle » de vie dans cette Église. Les personnes présentes témoignaient aussi d’une grande pluralité d’engagements, reflétaient une grande diversité d’origine, d’âge, de milieux de vie. Ça parle d’une Église vraiment catholique entendu au sens universel du terme, d’une Eglise ouverte sur le monde. Les personnes ont manifesté nombre de signes d’accueil du changement, une capacité de « conversion » continue à l’autre, à la radicalité de l’engagement évangélique. Ça parle d’une Église vivante, en marche.

 

Le plus beau signe d’espérance et le plus émouvant aussi, a été pour moi d’entendre

la joyeuse détermination des femmes dans leurs revendications féministes. Soyons. claires : il n’y pas d’espoir possible de changement de la condition des femmes dans l’Eglise sans la prise de parole des femmes des milieux populaires. L’avènement de l’égalité dans l’Eglise doit nécessairement passer par celles qui ont le plus souffert des différentes manifestations d’inégalité dans la société et dans l’Eglise/ ces Filles de Dieue marquées à plus d’un titre de l’injustice patriarcale.

 

En ces temps de Synode sur les laïcs, il m’a semblé que l’assemblée la plus dynamique, la plus vivante, la plus synodale quoi, c’était celle réunie en cette belle fin de semaine d’automne dans les Laurentiens et qui annonçait le printemps de l’Église communauté-vivante des femmes et des hommes.

 

1 Source : Compilation faite par l’équipe du CPMO de la soixantaine de dessins provenant de la session de préparation réalisée dans 10 réglons du Québec.