Mes trente ans de solidarité avec les femmes

Mes trente ans de solidarité avec les femmes

 

L/l’année 1968 est considérée comme celle du début du mouvement de libération féministe aux États-Unis. Cette année coïncide avec celle de ma propre conscientisation à la situation d’inégalité entre les hommes et les femmes. La relecture de ces trois décennies de solidarité avec les femmes a fait resurgir à ma mémoire plusieurs moments fort intéressants.

 

De 1968 à 1970, je suis étudiante à l’Université d’Ottawa. Le côtoiement de femmes de plusieurs pays, spécialement des Etats-Unis, m’éveille à la cause des

femmes.

 

De 1972 à 1976, devenue boursière de Case Western Reserve University, je me retrouve à Cleveland (Ohio). Le mouvement des femmes est alors en pleine évolution. Déjà, dans les cours dispensés à l’Université, les professeures emploient, à ma grande surprise, un langage non sexiste. En 1974, je fais partie d’un petit groupe de femmes en provenance de Seattle, Chicago, Détroit, Gary et Québec. Nous nous rencontrons une fois la semaine où nous discutons du mouvement des femmes. En 1975, année internationale de la femme, je m’implique d’une façon spéciale dans la lutte pour la cause des femmes. Du 28 au 30 novembre, à Détroit, je suis probablement la seule québécoise à participer à la Women’s Ordination Conférence qui se tient juste avant la déclaration papale de Paul VI contre l’ordination des femmes Inter insignores, datée du 15 octobre 1975.

 

À l’occasion de la révision du Code de droit canonique dans les années 80, les femmes américaines se solidarisent de nouveau afin de proposer des lois ecclésiales plus représentatives de l’élément féminin. Je fais partie de l’une de ces équipes.

 

Durant les années 70, la théologie féministe s’élabore lentement. La parution des premiers livres de Mary Daly secoue la pensée théologique traditionnelle. En 1977, l’Université Case Western Reserve me décerne un doctorat en bibliothéconomie et en sciences de l’information et je deviens ainsi la première québécoise à détenir ce diplôme. La même année, j’obtiens un poste à la Bibliothèque de l’Université Laval. Je serai alors témoin des nombreux changements apportés à la condition féminine dans cette institution. En de nombreuses occasions, j’ai pu constater que je possédais, grâce à mon séjour aux États-Unis, une longueur d’avance sur la route de l’égalité entre les hommes et les femmes.

 

En 1979, l’Université Laval envoie à son personnel une lettre recommandant que désormais le titre Madame serve à désigner toutes les femmes indistinctement, excluant ainsi du langage universitaire le terme Mademoiselle, au regret de certaines personnes.

 

En 1978, le Conseil du Statut de la femme a publié : « Pour les Québécoises : Égalité et indépendance ». À la suite de cette publication, l’Université Laval met sur pied le Comité d’étude sur la condition féminine (1979). Ce groupe dépose, l’année suivante, le rapport intitulé : « °L’Université Laval au féminin ».

 

En 1981, le Conseil exécutif de l’Université nomme une coordonnatrice à la condition féminine afin de veiller à la mise en oeuvre des recommandations du Comité d’études sur la condition féminine. En 1988, l’Université Laval énonçait sa Politique d’accès à l’égalité en emploi.

Dans la foulée de ces années, furent créés la Chaire d’études sur la condition féminine ainsi que le Groupe de recherche multidisciplinaire féministe (GREMF). En même temps, l’Université Laval veille à l’emploi du langage non sexiste et songe à la féminisation des titres et des fonctions.

 

De 1990 à 1992, comme membre du Conseil d’administration de l’Association du personnel professionnel et administratif de l’Université Laval (APAPUL), je lutte pour que le journal de l’Association devienne La voix professionnelle et non La voix du professionnel.

 

De 1979 à 1994, je poursuis des études en théologie à temps partiel à l’Université Laval. Je fais partie du Groupe de recherche Paul Tillich de la Faculté de théologie. En 1994, je suis la première femme du groupe à obtenir un doctorat en théologie.

 

Depuis le début des années 80, je suis abonnée à L’autre Parole. En 1996, un groupe de cette collective est fondé à Québec sous le nom de Marie Guyart. Je me joins au groupe dès le début. En septembre 1999, je deviens membre du Comité de rédaction de la revue L’autre Parole. Et la solidarité avec les femmes se poursuit…

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MADELEINE LALIBERTE