SORAIDA, UNE FEMME DE PALESTINE

Son personnage principal, Soraida, est fille de Palestiniens émigrés en Colombie, où elle vécut jusqu’à l’âge de 16 ans. Après la mort subite de son père, sa mère se réinstalle en Palestine avec ses dix enfants. La famille ne fut pas la bienvenue sur la terre des ancêtres puisqu’il a fallu 11 ans pour obtenir les papiers de résidence.

 

Malgré le contexte d’enfermement dans lequel se trouve sa famille, Soraida respire la joie de vivre et entretient des liens chaleureux avec ses voisins et ses proches. On la voit même, accompagnée de sa fille, rencontrer Yasser Arafat et lui assurer son soutien.

Plus loin, on assiste à une discussion entre Soraida et un groupe de jeunes palestiniens sur « l’égalité » entre les hommes et les femmes. Pour elle, la femme n’a pas à vouloir être l’égale de l’homme puisqu’il n’est pas un modèle à imiter de par sa façon violente de régler les conflits.

Soraida se montre aussi une éducatrice patiente quand elle reprend sa fille en lui suggérant le bon terme à employer pour s’exprimer. Elle lui apprend ainsi que les mots « juif » et « israélien » ne sont pas synonymes. Les juifs habitent partout dans le monde tandis que les Israéliens sont des juifs résidant uniquement en Israël.

Une scène du film présentant  la vie domestique me fit sourire. Voyant Rifaat, son mari, étendre le linge un peu négligemment, Soraida lui explique comment étendre les vêtements pour qu’ils ressortent sans plis du  séchage. Devant les subtilités esthétiques de la corde à linge, Rifaat, déconcerté, suggère à Soraida de faire elle-même cette opération.

Le spectacle le plus fascinant du film est celui où Soraida et ses amies discutent entre elles de ce que leur peuple ressent vis-à-vis des Israéliens. Chacune s’exprime à sa façon, parfois émotivement, sans qu’aucune ne s’impatiente devant la façon de voir les choses. Soraida semble agir comme une modératrice qui comprend leur frustration mais elle ne les pousse pas à la haine. Elle a compris que, dans toute guerre, les opposants risquent de perdre ce qu’il y a de plus précieux : leur humanité.

Cette artisane de paix encourage ses compatriotes à ne pas recourir à la vengeance armée. Elle les invite plutôt à réfléchir à voix haute sur ce que vit leur peuple sans se laisser transformer en victimes. Tout en aimant la Palestine de tout son cœur, Soraida refuse de se laisser aller à la haine contre les Israéliens par solidarité avec ses compatriotes. Devant un problème complexe, elle n’est pas découragée et tentée de trouver une solution simpliste qui ne satisfera qu’un des partis. Sa grande patience, devant le long cheminement des mentalités, manifeste de sa qualité de vraie leader.

1. Tahani Rached est née en Égypte mais est établie au Québec depuis 1966.